Romain Gary, huile sur toile de William Mathieu, 140 x 90 cm, 2012

mardi 29 mai 2012

"Les clowns lyriques" de Romain Gary (Gallimard)


Dans ce roman, Romain Gary nous raconte l'histoire de Willie Bauché et Ann Garantier, le génie du cinéma et la belle actrice, un couple mythique d'Hollywood... mais fabriqué de toute pièce par Hollywood. Elle, à trente ans, rêve encore du prince charmant, attend désespérément que l'Homme de sa vie apparaisse devant ses yeux, que l'amour se matérialise. Lui, cynique et mal dans sa peau, atteint de multiples maladies plus ou moins psychosomatiques, redoute plus que tout que sa femme ne tombe amoureuse d'un européen, comme Ingrid Bergman avec Rosselini et comme elle soit bannie d'Hollywood pour des années. 

Il se méfie particulièrement la France et l'Italie, pays bien connus pour leurs séducteurs et engage un homme pour surveiller sa femme et empêcher les hommes de l'approcher. Lors de leur voyage en France, ce qui devait arrivait arriva : Ann rencontre Rainier, un homme étrange qui a perdu un bras à la guerre et a prévu de repartir en Corée. Leur histoire d'amour magnifiquement évoquée par Gary se déroule dans la douceur du Sud et le parfum des mimosas, dans une petite maison, à l'abri de l'agitation du carnaval de Nice où il se sont rencontrés.

Willie tente de maintenir les journalistes à distance, de garder cette liaison secrète et surtout de se persuader que ce n'est "qu'une histoire de cul" alors que c'est une grande histoire d'amour. Ses réactions assez pitoyables ne font que faire basculer un peu plus les lecteurs du côté du couple amoureux.
  
Un livre splendide de Gary, sur l'amour des femmes, les dessous d'Hollywood dans les années 50, mais aussi la guerre, l'engagement, la solitude et la vieillesse. Un de ses derniers romans, puisqu'il date de 1979 et qu'il s'est donné la mort en 1980.

Extraits :

"On disait d'elle que c'était une femme froide -cette froideur qu'on accorde si généreusement aux femmes que seul le soleil intéresse. Depuis des années, elle avait toujours su qu'elle était là, quelque part, à l'attendre, à l'appeler, elle ne savait où, à San Francisco, à Rio, dans un bistrot de Paris ou sur une plage du Pérou, et tout le monde croyait qu'elle avait seulement le goût des voyages, des fugues soudaines à travers les continents."

"Il ferma les yeux pour mieux sentir ses lèvres sur les siennes et pour qu'il n'y eût plus d'ailleurs, rien que la douceur de la vie au goût de femme."


vendredi 25 mai 2012

Concours : un livre à gagner


Une fois n'est pas coutume : j'organise aujourd'hui un petit concours pour vous faire gagner un livre, et pas n'importe quel livre puisqu'il s'agit de mon livre, "Lisières" dont vous trouverez la présentation ici.

Pour remporter ce livre, il vous faudra répondre à une question très difficile que voici.
 
De quel livre, dont j'ai fait la critique ici, est tiré cet extrait :
« Mais elle s'efforçait de ne pas trop penser : elle savait déjà que le bonheur était fait d''oubli. D'ailleurs, l'avenir, c'était bon pour les hommes. Elle avait découvert un trésor nouveau, très féminin, insoupçonné : le présent. »

Si vous êtes intéressé pour recevoir ce livre, envoyez moi la réponse avec vos noms et adresses à mariannedesroziers@yahoo.fr

Vous avez jusqu'à dimanche soir minuit.
Un tirage au sort parmi les bonnes réponses déterminera le gagnant. 
Bonne chance !

dimanche 20 mai 2012

"La mer console de toutes les laideurs" de Marie Darrieussecq, photographies de Gabrielle Duplantier (Editions Cairn)








Disons le tout de suite : je ne suis pas particulièrement fan de Marie Darrieussecq en tant que romancière. Et pourtant, j'ai été curieuse de découvrir ce livre car il évoque la mer et en admiratrice invétérée de Virginia Woolf, c'est un sujet qui m'intéresse ... D'autre part, j'étais intriguée de découvrir les photos en noir et blanc de la photographe Gabrielle Duplantier. Enfin, j'aime toujours découvrir les livres de petites maisons d'édition que je ne connais pas et qui font souvent un travail très intéressant, un peu partout en régions (notamment dans mon Sud-Ouest natal).

Je n'ai pas été déçue. L'auteur sait trouver les mots juste pour évoquer l'agglomération formée par Bayonne, Anglet et Biarritz surnommée BAB déjà dans les années 80 durant lesquelles elle a grandi. Elle décrit bien la frontière entre les gens bourgeois de la ville (Bayonne) et ceux plus modestes de la mer (Biarritz), mais aussi les stars du moment offrant de la cocaïne à des jeunes filles devant les boites de nuit. Un chapitre très réussi évoque une de ses amies, belle et riche mais livrée à elle même et qui profitent de l'absence de ses parents pour organiser des fêtes et chez qui des Picasso tapissaient les murs.

Au-delà de ses souvenirs personnels, elle partage aussi avec le lecteur sa plage intime et universelle :

"Mot calme, que le mot plage ; ample et court à la fois : le a s'allonge, le g chuinte...la bouche prend le temps de former la syllabe qui s'étale, plage... Plage de temps, respiration, mer touchant terre, et glissant jusqu'à nos pas qu'elle efface... Nostalgies, amours perdus, clichés qui s'inscrivent sur la page très tôt reconnue des plages."   

Ou encore, ceci :
"La plage est mâle et femelle, cambouis et crinolines, abysses et cachalots."

Marie Darrieussecq rend également hommage dans ce livre au poète basque Sarrionandia dont je n'avais pour ma part jamais entendu parler.  

Gabrielle Duplantier, née en 1978, a étudié la peinture et l'histoire de l'art à Bordeaux, elle a gagné plusieurs prix et a réalisé de nombreuses expositions personnelles en France comme à l'étranger. Ses photos en noir et blanc subliment l'océan et les femmes.  


Bref, un joli livre (imprimé sur un beau papier et cousu) à découvrir avant l'été pour voir la mer autrement.

A visiter le site de Gabrielle Duplantier ICI 

Et aussi celui des éditions Cairn, un maison d'édition née en 1997 et basée à Pau  ici


lundi 14 mai 2012

"Cou coupé court toujours" de Béatrix Beck (Le Chemin de fer)


Les éditions le Chemin de fer rééditent un roman de Béatrix Beck intitulé "Cou coupé court toujours", texte  enrichi par les illustrations d'une jeune artiste, Mélanie Delattre-Vogt. Une triple découverte pour moi qui avais juste entendu parler de cette maison d'édition, qui voulait découvrir cette écrivain suisse depuis un moment déjà et qui ne connaissait par cette artiste qui a relevé le défi de s'immerger dans le texte foisonnant de Béatrix Beck.

Parlons d'abord de l'objet. Le livre est beau, d'un format assez petit, cousu, imprimé sur un beau papier épais, avec un rabat qui peut servir de marque page. 

Malheureusement, je dois dire que je suis restée totalement hermétique à l'univers visuel de cette jeune artiste qui semble pourtant reconnue dans le milieu de l'art si j'en juge par ses expos personnelles et ses publications. 

Venons-en maintenant au texte de Béatrix Beck que j'ai énormément aimé. Il y est question d'un homme veuf qui survit tant bien que mal avec ses deux filles. Les thèmes développés par Béatrix Beck  (la déviance dans la cellule familiale, l'inceste, la mort) peuvent certes mettre mal à l'aise le lecteur mais la jubilation de la langue de l'auteur est contagieuse et rend le livre très agréable à lire. Jeux sur les mots, absence de ponctuation, phrase et mot suspendu ... on sent un je ne sais quoi de Queneau chez Béatrix Beck, auteur suisse naturalisée française (1914-2008). J'ai aussi beaucoup pensé à Hélène Bessette en lisant Beck car les deux femmes ont de nombreux points communs. Toutes deux édités par Gallimard dans les années 50, récipiendaire de prix littéraires, puis remerciées par l'éditeur en raison de la faiblesse de leurs ventes, elles explorèrent toutes les névrose familiales en passant par la tentation autobiographique tout en assumant leur part de fiction.   

Un excellent court roman que je vous conseille vivement ... en attendant peut-être que je fasse la critique d'un autre de ses livres sur le Pandémonium puisqu'elle a beaucoup publié.

Merci à Libfly pour cette lecture en partenariat.

lundi 7 mai 2012

Parution de mon premier livre

J'ai le plaisir de vous annoncer que mon premier livre sera publié le 1er juin prochain aux éditions des Penchants du Roseau
Il s'agit d'un recueil de nouvelles intitulé "Lisières". 
L'illustration de couverture est de William Mathieu.

mercredi 2 mai 2012

« Les velléitaires » de Laure Mi Hyun Croset (Editions Luce Wilquin)



Dans son premier livre, l’écrivain suisse d’origine coréenne Laure Mi Hyun Croset, brosse le portrait d’une jeunesse dorée qui s’ennuie, se cherche une raison de vivre, n’a pas les moyens de ses ambitions ou de bien médiocres ambitions. En une vingtaine de courtes nouvelles, elle pose un regard acéré, parfois cruel mais le plus souvent habité par une tendre ironie sur des individus évoluant pour la majorité dans des milieux favorisés : beaucoup d’écrivains, des critiques d’art, des reporters, des artistes plasticiens. Tout ce beau petit monde boit du champagne, mange des noix de Saint-Jacques, abusent des anxiolytiques, ne fait pas grand-chose de ses journées. Si ces personnages sont si pathétiques c’est parce qu’ils ratent leur vie à cause de leur manque de générosité, de leur nombrilisme, de leurs rêves étriqués. Ils échouent à rencontrer l’Autre, à trouver l’amour ou pire ne donnent pas à l’Autre sa chance de prendre une place dans leur vie, trop obsédés par leurs heures de sommeil à respecter, leur petit rythme de vie égoïste à suivre. Coupés de leurs désirs, de leur instinct, de leurs affects, ils peuvent nous sembler détestables ou nous faire pitié (tel ce trader obligé d’écrire sur son agenda d’accepter sorties tous les dix jours afin d’assouvir ses pulsions sexuelles). Cependant, ils nous interrogent aussi sur nos travers à nous tous, nos défauts, notre manque de spontanéité, nos œillères, nos difficultés à communiquer.

Les chutes des nouvelles sont tantôt drôles (« L’altérité ») tantôt cruelles (« Le sommeil ») et continuent de travailler le lecteur une fois le livre refermé.

 Il faut également signaler l’élégance du style de l’auteur qui vient de recevoir un prix en Suisse pour son deuxième livre « Polaroïds ».

Un livre à découvrir si vous aimez les nouvelles et le mélange d’humour et de critique sociale.    

Pour en savoir plus : le site de l'auteur ici. 

  

mardi 1 mai 2012

"Les éperons" de Tod Robbins (Les Editions du Sonneur)

Vous avez aimé "Freaks", le film génial de Tod Browning sur des monstres de foire ? Vous aimerez "Les éperons", la nouvelle de Tod Robbins qui inspira le film. La nouvelle a été publiée en 1923 et le film est sorti en 1932. 


Dans ce court texte réédité par les éditions du Sonneur (une intéressante maison qui réédite des textes de format intermédiaires entre nouvelle et roman dans des petits formats très colorés, en faisant des livres très plaisants), nous suivons le destin de Jacques Courbé, nain travaillant dans un cirque. Il s'amourache de Jeanne Marie, une belle écuyère aux formes généreuses et se met en tête si ce n'est de la séduire du moins de la convaincre de l'épouser grâce à l'héritage qu'il vient de toucher. Contre toute attente, elle accepte mais se promet (et promet à son amant) de lui mener la vie dure. C'est sans compter avec Saint Eustache, le chien de Jacques. 


Une histoire en forme de conte cruel, au style maîtrisé, à l'univers horrifique mais qui va beaucoup moins loin que le réalisateur Tod Browning dans la mise en scène des êtres humains difformes obligés de se donner en spectacle dans un cirque.

Merci aux éditions Libfly pour cette lecture en partenariat.