Romain Gary, huile sur toile de William Mathieu, 140 x 90 cm, 2012

lundi 30 janvier 2012

« Une femme avec personne dedans » de Chloé Delaume (Seuil)


Dans ce nouveau roman, Chloé Delaume continue son travail de déconstruction totale : déconstruction de la langue, de son histoire familiale, de sa genèse en tant que Chloé Delaume, personnage de fiction. 

Ce livre est un roman d’amour autant que le récit d’une Apocalypse individuelle. Ceux qui ont aimé ses précédents romans « Les Mouflettes d’Atropos », « Le cri du sablier », « Certainement pas », « Dans ma maison sous terre » aimeront tout autant si ce n’est plus cette femme avec personne dedans. Personne, c’est vite dit, pour une des voix les plus singulières de la littérature française contemporaine. Chloé Delaume, c’est une voix grave de petite fille orpheline, un rythme syncopé, un sillon douloureux qu’elle creuse. Dans ce roman, il est question d’un trio amoureux qui tente de trouver une alternative au couple hétérosexuel et au modèle bourgeois. Chloé qui ne sait plus vraiment qui elle est, Igor son mari qui l’aime encore et la Clef une femme qui est amoureuse de la première et aime le second (saisissez la nuance entre « aimer » et « être amoureuse » !). L’histoire ne dure pas longtemps mais là n’était pas le but premier de l’aventure puisqu’il s’agissait plutôt d’une quête identitaire. Redevenue seule et libre (mais le cœur sec), la narratrice s’interroge à nouveau sur son histoire familiale et notamment sur sa relation à son père.

Un excellent roman à déconseiller toutefois à ceux qui cherchent à consommer de la littérature facile.

dimanche 29 janvier 2012

"Rococo Tokyoïte" de Clément Bulle ( A plus d'un titre éditions)



Clément Bulle (quel joli nom !) ne fait pas qu’écrire (brillamment) sur des auteurs morts (Villiers de l’Isle-Adam : voir l'article pour le site des éditions de l’Abat-Jour) ou bien vivants (sur le blog de Stalker) et sur l’édition (voir son article sur le blog de Pierre Jourde), il est également l’auteur d’un roman remarquable (si ce n’est remarqué) au titre étonnant qui donne tout de suite envie d’en savoir plus : « Rococo Tokyoïte », paru en 2009 aux éditions «  A plus d’un titre ».
Un roman étrange placé sous la double égide de Joris-Karl Huysmans et de Christian Prigent grâce aux deux citations figurant en exergue :

« Tata, elle sait tout sur empire d’Edo avant l’ère Meiji et même bien après grâce aux Fenouillards en vadrouille là-bas après les papous. Elle aime beaucoup Madame Chrysanthème, Prune version Loti. » (C. Prigent, Demain je meurs)

« J’aime à en mourir ton nez, ton petit nez qui s’échappe des vagues de ta chevelure, comme une rose jaune éclose dans un feuillage noir. » (J.K. Huysmans, Rococo japonais)

Il s’agit de ce que l’on pourrait qualifier de « polarodie », à la fois hommage et parodie de polar et de roman d’espionnage. Un pied chez Rabelais et un autre chez San-Antonio : drôle de mélange me direz-vous ? Surprenant certainement mais extrêmement savoureux comme la plus audacieuse des cuisines. Bulle a l’art et la manière de vous entraîner dans le Tokyo le plus déglingué où les gourous de sectes se mêlent aux terroristes d’extrême gauche et aux diplomates machiavéliques. Car il possède quelque chose de rare que n’ont pas tous les « faiseurs d’histoires » : le style… On sent que l’homme a dû beaucoup lire et de tout tant son Rococo est imprégné à la fois de culture populaire (en particulier de roman de gare) et d’érudition (littérature expérimentale contemporaine mais aussi valeurs sûres de la littérature plus ancienne). 
A partir d’une trame narrative assez simple aux rebondissements incessants mêlant vengeance et quiproquos, Bulle parvient à construire une parodie de roman d’espionnage à la richesse déroutante, liant par la fluidité de son style des éléments a priori disparates avec beaucoup de naturel, d’un molosse mangeur d’hommes digne du Chien des Baskerville à une androïde désabusée à la "Ghost in the Shell", en passant par un otaku auvergnat plongé bien malgré lui dans un sombre fait divers à l’élucidation jubilatoire.
Goût des personnages et du mot juste, voilà ce qui caractérise ce « Rococo Tokyoïte » : la finesse des portraits étonne pour un texte aussi bref, chacun ciselé au plus précis, avec un sens très sûr du détail. S’y ajoute de vrais moments d’étrangeté, nourris par une écriture vive et syncrétique dans laquelle aucun mot n’est superflu, où les phrases s’enchaînent et se déploient avec une légèreté plutôt rare, le tout formant une fresque baroque des plus originales. 
En conclusion, ce court roman est une excellente surprise, à lire et à conseiller : « Rococo Tokyoïte » est une perle irrégulière comme on aimerait en trouver plus souvent.

A lire aussi, la critique très fouillée de Julien Bielka sur son blog ici.

jeudi 26 janvier 2012

La Mère, la Sainte et la Putain (Lettre à Swann) de Wendy Delorme (Au Diable Vauvert)

Livre à paraître le 8 mars 2012 (pour la journée de la femme)
 
C'est le premier livre que je lis de Wendy Delorme, écrivain, professeur d'université et performeuse, et il me laisse un étrange impression, très en demi-teinte. 

Ce qui touche dans ce livre c'est l'hommage à la mère et à la grand-mère, ainsi que la passion de l'écriture de la narratrice, écriture qui lui sert à exorciser sa peine mais aussi à revivre le plaisir charnel, à réveiller le souvenir de l'émotion amoureuse. Malheureusement, l'histoire d'amour (qui n'en est pas vraiment une puisque c'est à sens unique) entre la narratrice et le "presque-garçon" (tout est dans le presque !) m'a très peu intéressée alors qu'elle est au coeur de ce texte qualifié de "roman" sur la couverture.

Finalement, contrairement à ce que peut laisser penser le titre très racoleur, Wendy Delorme n'a pas grand chose de plus à dire sur le trio "mère, sainte, putain". Son féminisme qui se revendique de Virginie Despentes et des féministes américaines est finalement assez machiste si j'ose dire : la femme finit toujours par être victime, victime de ses désirs qu'elle ne maîtrisent pas, victime des méchants garçons qui se contentent de la baiser sans l'aimer. La narratrice regrette souvent au petit matin ses élans (sexuels et sentimentaux), ses actes, ses partenaires de la veille au soir : il me semble que la base d'un féminisme bien compris est d'assumer au contraire tout cela la tête haute. D'autre part, j'ai toujours un peu de mal quand on veut nous faire croire que pour être vraiment une féministe, il faut être lesbienne. 

Bref, un livre dont j'attendais beaucoup et qui m'a déçue. 

mercredi 25 janvier 2012

Interview d'Emmanuelle Urien (deuxième partie)

Suite et fin de l'interview d'Emmanuelle Urien, écrivain :
 
Vous avez également publié une nouvelle érotique intitulée « Vénus Atlantica » que j’ai trouvée très réussie : pourquoi ? Etait-ce une commande ? Un défi ? Une envie ? Qu’avez-vous retiré de cette expérience ? Etes-vous amatrice de cette littérature ? Allez-vous réitérer l’expérience avec un recueil entier ou un roman érotique ?
Cette nouvelle est une commande de l’éditeur In8, avec qui j’avais déjà travaillé à l’occasion d’un quartet thématique sur le jazz. Ils avaient déjà proposé un coffret érotique quelques années plus tôt et m’ont proposé de faire partie des quatre auteurs du nouvel opus. J’ai à peine hésité, bien que ce genre assez délicat soit assez nouveau pour moi, et que je m’y sois rarement essayée. Je me suis bien amusée à écrire cette nouvelle, parce qu’au-delà de la dimension purement érotique, elle m’a permis de jouer avec de véritables clichés, de détourner quelques images…
 En tant que lectrice, j’apprécie la littérature érotique… quand elle est bien faite, comme pour n’importe quel autre genre, d’ailleurs. Cela dit, je n’ai pas pour projet de me lancer dans un recueil ou un roman qui ne soient qu’érotiques. Ce genre ne me paraît pas suffisant en soi pour exprimer ce que j’ai envie d’écrire.


Vers quoi allez-vous actuellement ? Avez-vous un roman ou un recueil de nouvelles en cours ?

J’ai fini à l’automne un roman qui est actuellement en lecture chez quelques éditeurs. Mon travail « alimentaire » (je suis traductrice) me laisse peu de temps depuis pour l’écriture, mais d’ici peu, je me remettrai à un nouveau projet. De nouveau un roman, sans doute de science-fiction, peut-être en anglais… En fait, je verrai sur le moment : il est tout à fait possible également que je me lance sur un nouveau recueil de nouvelles. Nous verrons.


Avez-vous un livre fétiche ?
J’en ai trop pour les citer…


Quels sont vos auteurs préférés ?
Côté classiques, ça va de Zola à Dostoievski en passant par Austen et Shakespeare ; plus près de nous, il y a Becket, Doubrovski, Cohen, Yourcenar, et puis des contemporains comme Saumont, Chevillard, Fforde, Murakami, Pratchett ou Damasio. J’en oublie quelques dizaines…


Vos goûts vous portent-ils plus vers la littérature française ou étrangère ? Quels types de littérature ?
J’ai tendance, depuis toute petite, à lire ce qui me tombe sous la main. De fait, je suis souvent entourée de livres, et donc obligée d’opérer un choix, au final. Je ne fais pas de différence fondamentale, lors de ces choix, entre la littérature française et la littérature étrangère – disons que ce n’est pas un critère déterminant. Je m’attache plutôt à l’écriture et aux « transports » que peuvent susciter le livre. Je lis essentiellement de la fiction, beaucoup de romans – dont pas mal de noir – et de nouvelles. Un essai de temps à autre, sur des sujets qui m’intéressent, ou parce que ce sont des ouvrages que je dois traduire…


Y a-t-il des écrivains contemporains dont vous vous sentez proche ?
Avant tout celui avec qui je vis, je suppose…


Une œuvre que vous auriez aimé écrire ?

 "Tous les hommes sont mortels" de Simone de Beauvoir.

lundi 23 janvier 2012

Interview d'Emmanuelle Urien (première partie)

 Interview d'Emmanuelle Urien, auteur, entre autres de "Tous nos petits morceaux" et "Vénus Atlantica"

Parlez-nous un peu de votre parcours d’écrivain. Je crois savoir que vous savez commencé par vous faire remarquer en gagnant des concours de nouvelles ? Pourquoi et comment y avez-vous participé ? Quels conseils donneriez-vous aux écrivains qui tentent leur chance dans ce genre de concours ?

J’ai commencé à publier (dans des revues et des anthologies) grâce aux concours de nouvelles, en effet. J’avais envie que mes textes soient lus par d’autres personnes que celles de mon entourage, de façon aussi objective que possible. Après avoir gagné mes premiers concours, je me suis prise au jeu, jusqu’à disposer d’un vivier de nouvelles assez important. Et je conseillerais à ceux qui veulent se lancer dans les concours de se faire plaisir avant tout, de profiter des opportunités d’écriture qu’offrent ces exercices plus ou moins imposés… mais de ne pas s’attendre au miracle de la « grande » publication : le monde des concours d’écriture et celui de l’édition sont très différents et ne se fréquentent guère…

Vous avez publié chez différents petits éditeurs (D’un noir si bleu, Atelier in-8, Quadrature) mais aussi chez Gallimard. Qu’est-ce que ces éditeurs représentent pour vous ?  Le travail sur et autour du texte a-t-il été différent avec une grande maison comme Gallimard par rapport aux éditeurs de taille beaucoup plus modestes ?

Je suis très attachée à mes « petits » éditeurs pour le travail qu’ils font autour des textes et des livres, avant comme après leur publication. Nous avons d’excellentes relations, amicales autant que professionnelles. Mes rapports avec Gallimard sont beaucoup plus lointains. C’est une grosse machine qui ne laisse guère de place à l’auteur – à moins de faire partie des poulains de l’écurie – et où le travail éditorial reste à mon sens, et en regard de l’expérience que j’ai avec d’autres éditeurs, assez superficiel.

Vous êtes surtout connue comme nouvelliste mais vous êtes aussi l’auteur d’un roman, en quoi est-ce un travail d’écriture différent ?

L’investissement de départ n’est pas le même : avec un roman, on sait qu’on part pour, au minimum, des mois d’écriture. Du fait de sa longueur, un roman n’exige pas, dans son écriture, la même tension, la même efficacité de tous les instants qu’une nouvelle. C’est pourtant de cette façon que j’ai voulu écrire mon premier roman, et j’ai mis du temps avant de m’apercevoir que ce n’était pas la bonne : il faut savoir « lâcher » un peu les personnages et l’écriture, accepter de ne pas dominer d’un bout à l’autre la situation, sachant que le travail de réécriture, une fois achevé le roman, permet de gommer les défauts et de relever le style.

Considérez-vous l’écriture d’une nouvelle comme une manière de faire ses gammes, d’entrer en littérature avant de se sentir capable de s’attaquer au roman ou un art en soi réclamant des qualités spécifiques différentes du roman ?
Allez-vous continuer d’écrire des nouvelles ?

Je considère évidemment la nouvelle comme un genre à part entière, qui exige à mon sens, comme je l’évoquais plus haut, une tension permanente dans l’écriture : le lecteur doit se sentir happé dès la première ligne, et jusqu’à la dernière. Par conséquent, chaque phrase et même, chaque mot est essentiel, et il n’y a pas de place pour le superflu. Dit comme ça, je sais que ça peut paraître rigide au point de devenir rébarbatif, mais en réalité, je trouve l’exercice profondément réjouissant. Du coup, oui, je continue à écrire des nouvelles, même si je n’ai pas de projet de recueil spécifique pour le moment.

A propos de nouvelles, je voudrais maintenant évoquer avec vous votre dernier livre, « Tous nos petits morceaux ». Il s’agit d’un recueil de nouvelles autour du thème du miroir. La question identitaire est-elle au cœur de vos préoccupations d’écrivain ? Quelles sont les thématiques qui irriguent votre travail littéraire ?

L’identité – qui suis-je et pourquoi ? - me préoccupe, oui, avant tout en tant qu’être humain ; mais bien évidemment, ce questionnement se manifeste à travers l’écriture. Les miroirs offraient pour cela un truchement à la fois pratique et plus riche qu’il n’y paraissait au premier abord. Quant aux autres thématiques qui m’inspirent, elles sont presque banales : l’humain dans sa complexité, la difficulté à être et à vivre dans une société qui réclame et impose, laissant finalement peu de place à la liberté que nous cherchons tous, au fond.

A SUIVRE ...

jeudi 19 janvier 2012

Revue "Le Grognard", numéro 20


« Le Grognard » est une revue qui parle de « Littérature, idées, philosophie, critique et débats » ainsi qu’annoncé en couverture. Cette revue trimestrielle se revendique de l’esprit des grandes revues du XIXème siècle comme La Revue Blanche mais aussi des revues anarchistes comme L’En dehors. Dirigée par Stéphane Beau, la revue est ouverte aux collaborations extérieures, que ce soit pour la fiction ou les critiques.

L’objet est simple mais plaisant : bien imprimé sur un bon papier, maquette aérée, belle typographie, illustrations intéressantes. Quant au fond, on est agréablement surpris par le mélange de contemporain (que ce soit dans les textes littéraires ou dans la rubrique critique) et d’ancien (textes savoureux d’auteurs décédés depuis des dizaines d’années et plus ou moins oubliés).

Au sommaire de ce numéro 20, j’ai particulièrement aimé le texte sur « Brassens et l’anarchie » par Bertrand Redonnet et « Distribution d’une journée harmonieuse aux environs de l’an 2000 » de François Jollivet Castelot. 
Dans la rubrique « Du côté des livres », certaines recensions sont très intéressantes et attirent l’attention du lecteur curieux sur des rééditions de livres méconnus comme « Messes noires. Lord Lyllian » de Jacques d’Adelswärd-Fersen (sous la plume acérée de François-Xavier d’Arbonneau).    

Bref, une revue de plus à découvrir.
Un mot du prix : 7 euros, frais de port inclus, pour un peu moins de 70 pages, cela semble raisonnable.

Le site du Grognard c'est ici.
Le blog du Grognard c'est

mercredi 18 janvier 2012

"Cinq fragments du désert" de Rachid Boudjedra, illustrations de Rachid Koraïchi ( Barzakh/ Actes Sud)



Un magnifique livre sur la beauté du désert qui est l'oeuvre conjointe du romancier, poète et essayiste Rachid Boudjedra et du plasticien  Rachid Koraïchi , sans oublier le traducteur Hakim Miloud (traducteur notamment de Mohamed Dib). 

Il s'agit ici de d'évoquer toute la magie du désert et notamment du Sahara, à travers la poésie (Saint John Perse et Adonis sont convoqués) et les dessins qui se mêlent à la calligraphie. L'originalité de ce livre tient aussi au fait qu'il est bilingue (français-arabe), ce qui ajoute encore un peu de magie à l'ensemble pour ceux qui comme moi ne lisent pas l'arabe, cette langue à l'écriture très belle et mystérieuse.

L'occasion de découvrir les éditions Barzakh, une maison d'édition algérienne qui vient se fêter ses 10 ans et qui travaille avec Actes Sud.    

lundi 16 janvier 2012

"Chroniques de Bustos Domecq" de Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares






Voici un succulent petit livre publié en 1967 sous le pseudonyme de Bustos Domecq, en réalité personnage fictif créé par deux grands écrivains argentins : Jorge Luis Borges (auteur du génial recueil de nouvelles "Fictions") et Adolfo Bioy Casares (auteur du très beau roman "L'invention de Morel"). 
Le livre se présente comme une succession de chroniques d'un certain Bustos Domecq qui se met en scène de façon très prétentieuse, éclipsant ainsi les artistes, peintres, écrivains, architectes dont il critique les oeuvres. Les oeuvres en question se résument il est vrai souvent à pas grand chose : un espace vide entre deux monuments, des titres de livre, etc. 

On peut voir dans cet amusant livre une double critique. A la fois critique des critiques dont le discours creux et emphatique suffit parfois à faire passer n'importe quel écrivaillon ou peintre du dimanche pour le génie du siècle. Mais aussi critique de certains mouvements d'avant-garde dans lesquels la créativité et l'originalité sont quasi nulles et les oeuvres ainsi produites proches de l'escroquerie intellectuelle.  
 

dimanche 15 janvier 2012

"Ida ou le délire" d'Hélène Bessette au théâtre


Que vous soyez comme moi une fan d'Hélène Bessette attendant avec impatience de pouvoir lire "Si" réédité par les éditions Léo Scheer d'ici quelque semaines ou juste curieux de découvrir d'autres univers, il y a un rendez-vous à ne pas manquer durant le mois à venir. Il s'agit du spectacle joué par Anaïs de Courson à la Maison de la poésie à Paris du 25 janvier au 19 février.
"Ida ou le délire" est le premier livre d'Hélène Bessette que j'ai lu, ma première rencontre avec cette immense écrivaine. Vous pouvez lire ma critique de ce roman ici
 
Anaïs de Courson parle très bien d'Hélène Bessette ainsi qu'on peut s'en rendre compte sur le blog très intéressant qu'elle consacre à la fabrication du spectacle :

"Ce qui m’accroche chez Bessette, ça n’est pas tant le texte que l’écriture. C’est-à-dire un mode de relation au monde (à soi, aux autres, j’en reviens toujours là.)
Le délire d’être."

Un spectacle à ne pas louper donc. Et si vous êtes dans les parages, une rencontre avec Anaïs de Courson est organisé à la bibliothèque Marguerite Audoux le 28 janvier à 16 h.

vendredi 13 janvier 2012

« La femme gelée » d’Annie Ernaux (Gallimard)


Annie Ernaux explore dans « La femme gelée » ce qu’elle appelle sa « ligne de fille ».  Adolescente coquette, attirée par les choses de l’amour, elle a du mal à trouver sa place au milieu des jeunes filles très comme il faut éduquées pour devenir secrétaire, mettre le grappin sur un homme, avoir des enfants et s’occuper sagement et bourgeoisement de son petit intérieur avec tout les confort moderne de la fin des années 50. Annie, elle, lit beaucoup, rêve de devenir institutrice ou avocate, de vivre des aventures, d’expérimenter. 
Jusqu’à très tard – 25 ans – elle n’est pas consciente du machisme ambiant et de sa restriction de liberté du fait qu’elle est née femme. Elle a envie de voyages en Italie, de longues heures de lecture, de rêveries sur son lit d’étudiante… Et puis elle rencontre un homme qu’elle aime, avec qui elle se marie et fait deux enfants tout en préparant le C.A.P.E.S et en enseignant les lettres au lycée et au collège. C’est alors qu’elle devient femme gelée, coincée dans une vie faite de tâches ingrates à accomplir (repas, vaisselle, course, s’occuper des enfants), tandis que son mari a tout le temps pour lire Le Monde  aller au cinéma ou skier.

Un beau mais triste livre sur la condition féminine, y compris des femmes éduquées des classes … moyennes.

mercredi 11 janvier 2012

« Vénus Atlantica » d’Emmanuelle Urien (Atelier in-8)


Emmanuelle Urien dont j’avais déjà dit beaucoup de bien pour « Tous nos petits morceaux », son dernier recueil de nouvelles sorti il y a quelques mois, réussit avec « Vénus Atlantica » une jolie nouvelle érotique. L’action se passe à Biarritz où un homme va en vacances tous les ans avec sa femme et sa fille. Tourmenté par son désir pour les belles naïades surfeuses au corps bronzé et musclé, il est contraint de détourner le regard et de rester sur le ventre sur sa serviette de plage… Car monsieur est un homme fidèle et de haute moralité, d’ailleurs il est policier c’est dire… Les années se suivent et se ressemblent jusqu’à cet été où il vient seul, ayant eu le courage de divorcer. A lui les belles surfeuses ! Elles se succèdent, femmes libres et ayant envie de relations passagères et de moments de plaisirs sans contraintes. D’une il finit par tomber amoureux : Dora, fascinée qu’elle est par son arme de service…   
L’écriture d’Urien est précise, réaliste, sensuelle, parfois crue, sans pour autant oublier d’être belle et poétique.
Ce petit livre (à petit prix) est également disponible en coffret, vendu avec trois autres nouvelles érotiques : voir le site de l'éditeur. 

mardi 10 janvier 2012

Les éditions de l'Abat-Jour dans le revue Squeeze

Le numéro 4 de la revue Squeeze vient de sortir. Il s'agit d'une revue littéraire gratuite en ligne, un peu comme l'Ampoule quoi... 

Dans ce numéro, les éditions de l'Abat-Jour sont à l'honneur avec :
- une interview de Franck Joannic, directeur des éditions de l'Abat-Jour
- un extrait du roman de Salima Rhamna, "Chbebs!"
- un extrait du roman de Nimzowitsch, "Tuer le temps"
- une nouvelle de Rip
- une nouvelle de François Cosmos
- une nouvelle de Richard Maurel
- une nouvelle d'Antonella Fiori

Egalement au sommaire :
- Jordi Cardoner
- Le Golvan
- Maud Saintain
- Janine Martin Sacriste
- Isabelle Monin
 Vous pouvez la lire ici.

dimanche 8 janvier 2012

"Les années" d'Annie Ernaux (Gallimard)


Annie Ernaux dit vouloir simplement "écrire la vie". Et c'est bien la vie quotidienne des Français depuis les années 50 qu'elle nous fait revivre à travers un mosaïque de tableaux où ses souvenirs intimes ( qui s'appuient souvent sur des photos qui jalonnent sa vie de femme) croisent la grande Histoire. Elle excelle à retranscrire sans fioritures, pathos ou lyrisme excessif la vie simple en province, dans les années 60, l'attrait irrésistible et perfide de la société de consommation et d'une vie de confort bourgeois. Mai 68, l'émancipation des femmes, la montée des idéaux de gauche... puis la désillusion, tout cela est évoqué avec une écriture blanche mais non dénuée de sensibilité. 
Bien entendu, chacun lira différemment cette évocation de l'histoire contemporaine française en fonction de la génération à laquelle il appartient. Pour ma part, née en 1978 et ayant encore bien en mémoire des souvenirs assez précis des années 80 et 90, c'est le début du livre qui m'a le plus intéressée, là où il est question d'un temps d'avant ma naissance (les années 50, 60 et 70), du temps de ma mère et de ma grand-mère.
   
Dans ce livre il y a un petit quelque chose du "Je me souviens" de Perec avec un soupçon de la sociologie de Pierre Bourdieu et un clin d'oeil à Virginia Woolf ("Les Années" est un roman de Virginia Woolf retraçant l'histoire d'une famille sur plusieurs générations).

Je ne saurais que trop vous conseiller de vous procurer "Ecrire la vie" d'Annie Ernaux, dans la collection Quarto de Gallimard : outre "Les années", vous pourrez y lire "Les armoires vides", "La femme gelée", "Passion simple" et beaucoup d'autres livres d'Annie Ernaux ici rassemblés.