Parlez-nous un peu de votre parcours d’écrivain. Je crois savoir que vous savez commencé par vous faire remarquer en gagnant des concours de nouvelles ? Pourquoi et comment y avez-vous participé ? Quels conseils donneriez-vous aux écrivains qui tentent leur chance dans ce genre de concours ?
J’ai commencé à publier (dans des revues et des anthologies) grâce aux concours de nouvelles, en effet. J’avais envie que mes textes soient lus par d’autres personnes que celles de mon entourage, de façon aussi objective que possible. Après avoir gagné mes premiers concours, je me suis prise au jeu, jusqu’à disposer d’un vivier de nouvelles assez important. Et je conseillerais à ceux qui veulent se lancer dans les concours de se faire plaisir avant tout, de profiter des opportunités d’écriture qu’offrent ces exercices plus ou moins imposés… mais de ne pas s’attendre au miracle de la « grande » publication : le monde des concours d’écriture et celui de l’édition sont très différents et ne se fréquentent guère…
Vous avez publié chez différents petits éditeurs (D’un noir si bleu, Atelier in-8, Quadrature) mais aussi chez Gallimard. Qu’est-ce que ces éditeurs représentent pour vous ? Le travail sur et autour du texte a-t-il été différent avec une grande maison comme Gallimard par rapport aux éditeurs de taille beaucoup plus modestes ?
Je suis très attachée à mes « petits » éditeurs pour le travail qu’ils font autour des textes et des livres, avant comme après leur publication. Nous avons d’excellentes relations, amicales autant que professionnelles. Mes rapports avec Gallimard sont beaucoup plus lointains. C’est une grosse machine qui ne laisse guère de place à l’auteur – à moins de faire partie des poulains de l’écurie – et où le travail éditorial reste à mon sens, et en regard de l’expérience que j’ai avec d’autres éditeurs, assez superficiel.
Vous êtes surtout connue comme nouvelliste mais vous êtes aussi l’auteur d’un roman, en quoi est-ce un travail d’écriture différent ?
L’investissement de départ n’est pas le même : avec un roman, on sait qu’on part pour, au minimum, des mois d’écriture. Du fait de sa longueur, un roman n’exige pas, dans son écriture, la même tension, la même efficacité de tous les instants qu’une nouvelle. C’est pourtant de cette façon que j’ai voulu écrire mon premier roman, et j’ai mis du temps avant de m’apercevoir que ce n’était pas la bonne : il faut savoir « lâcher » un peu les personnages et l’écriture, accepter de ne pas dominer d’un bout à l’autre la situation, sachant que le travail de réécriture, une fois achevé le roman, permet de gommer les défauts et de relever le style.
Considérez-vous l’écriture d’une nouvelle comme une manière de faire ses gammes, d’entrer en littérature avant de se sentir capable de s’attaquer au roman ou un art en soi réclamant des qualités spécifiques différentes du roman ?
Allez-vous continuer d’écrire des nouvelles ?
Je considère évidemment la nouvelle comme un genre à part entière, qui exige à mon sens, comme je l’évoquais plus haut, une tension permanente dans l’écriture : le lecteur doit se sentir happé dès la première ligne, et jusqu’à la dernière. Par conséquent, chaque phrase et même, chaque mot est essentiel, et il n’y a pas de place pour le superflu. Dit comme ça, je sais que ça peut paraître rigide au point de devenir rébarbatif, mais en réalité, je trouve l’exercice profondément réjouissant. Du coup, oui, je continue à écrire des nouvelles, même si je n’ai pas de projet de recueil spécifique pour le moment.
A propos de nouvelles, je voudrais maintenant évoquer avec vous votre dernier livre, « Tous nos petits morceaux ». Il s’agit d’un recueil de nouvelles autour du thème du miroir. La question identitaire est-elle au cœur de vos préoccupations d’écrivain ? Quelles sont les thématiques qui irriguent votre travail littéraire ?
L’identité – qui suis-je et pourquoi ? - me préoccupe, oui, avant tout en tant qu’être humain ; mais bien évidemment, ce questionnement se manifeste à travers l’écriture. Les miroirs offraient pour cela un truchement à la fois pratique et plus riche qu’il n’y paraissait au premier abord. Quant aux autres thématiques qui m’inspirent, elles sont presque banales : l’humain dans sa complexité, la difficulté à être et à vivre dans une société qui réclame et impose, laissant finalement peu de place à la liberté que nous cherchons tous, au fond.
A SUIVRE ...