Dans
son premier livre, l’écrivain suisse d’origine coréenne Laure Mi Hyun Croset,
brosse le portrait d’une jeunesse dorée qui s’ennuie, se cherche une raison de
vivre, n’a pas les moyens de ses ambitions ou de bien médiocres ambitions. En
une vingtaine de courtes nouvelles, elle pose un regard acéré, parfois cruel
mais le plus souvent habité par une tendre ironie sur des individus évoluant
pour la majorité dans des milieux favorisés : beaucoup d’écrivains, des
critiques d’art, des reporters, des artistes plasticiens. Tout ce beau petit
monde boit du champagne, mange des noix de Saint-Jacques, abusent des
anxiolytiques, ne fait pas grand-chose de ses journées. Si ces personnages sont
si pathétiques c’est parce qu’ils ratent leur vie à cause de leur manque de
générosité, de leur nombrilisme, de leurs rêves étriqués. Ils échouent à
rencontrer l’Autre, à trouver l’amour ou pire ne donnent pas à l’Autre sa
chance de prendre une place dans leur vie, trop obsédés par leurs heures de
sommeil à respecter, leur petit rythme de vie égoïste à suivre. Coupés de leurs
désirs, de leur instinct, de leurs affects, ils peuvent nous sembler
détestables ou nous faire pitié (tel ce trader obligé d’écrire sur son agenda
d’accepter sorties tous les dix jours afin d’assouvir ses pulsions sexuelles).
Cependant, ils nous interrogent aussi sur nos travers à nous tous, nos défauts,
notre manque de spontanéité, nos œillères, nos difficultés à communiquer.
Les
chutes des nouvelles sont tantôt drôles (« L’altérité ») tantôt
cruelles (« Le sommeil ») et continuent de travailler le lecteur une
fois le livre refermé.
Il faut également signaler l’élégance du style
de l’auteur qui vient de recevoir un prix en Suisse pour son deuxième livre
« Polaroïds ».
Un
livre à découvrir si vous aimez les nouvelles et le mélange d’humour et de
critique sociale.
Pour en savoir plus : le site de l'auteur ici.

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