Dans ce nouveau roman, Chloé Delaume continue son travail de déconstruction totale : déconstruction de la langue, de son histoire familiale, de sa genèse en tant que Chloé Delaume, personnage de fiction.
Ce livre est un roman d’amour autant que le récit d’une Apocalypse individuelle. Ceux qui ont aimé ses précédents romans « Les Mouflettes d’Atropos », « Le cri du sablier », « Certainement pas », « Dans ma maison sous terre » aimeront tout autant si ce n’est plus cette femme avec personne dedans. Personne, c’est vite dit, pour une des voix les plus singulières de la littérature française contemporaine. Chloé Delaume, c’est une voix grave de petite fille orpheline, un rythme syncopé, un sillon douloureux qu’elle creuse. Dans ce roman, il est question d’un trio amoureux qui tente de trouver une alternative au couple hétérosexuel et au modèle bourgeois. Chloé qui ne sait plus vraiment qui elle est, Igor son mari qui l’aime encore et la Clef une femme qui est amoureuse de la première et aime le second (saisissez la nuance entre « aimer » et « être amoureuse » !). L’histoire ne dure pas longtemps mais là n’était pas le but premier de l’aventure puisqu’il s’agissait plutôt d’une quête identitaire. Redevenue seule et libre (mais le cœur sec), la narratrice s’interroge à nouveau sur son histoire familiale et notamment sur sa relation à son père.
Un excellent roman à déconseiller toutefois à ceux qui cherchent à consommer de la littérature facile.

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