Romain Gary, huile sur toile de William Mathieu, 140 x 90 cm, 2012

dimanche 8 janvier 2012

"Les années" d'Annie Ernaux (Gallimard)


Annie Ernaux dit vouloir simplement "écrire la vie". Et c'est bien la vie quotidienne des Français depuis les années 50 qu'elle nous fait revivre à travers un mosaïque de tableaux où ses souvenirs intimes ( qui s'appuient souvent sur des photos qui jalonnent sa vie de femme) croisent la grande Histoire. Elle excelle à retranscrire sans fioritures, pathos ou lyrisme excessif la vie simple en province, dans les années 60, l'attrait irrésistible et perfide de la société de consommation et d'une vie de confort bourgeois. Mai 68, l'émancipation des femmes, la montée des idéaux de gauche... puis la désillusion, tout cela est évoqué avec une écriture blanche mais non dénuée de sensibilité. 
Bien entendu, chacun lira différemment cette évocation de l'histoire contemporaine française en fonction de la génération à laquelle il appartient. Pour ma part, née en 1978 et ayant encore bien en mémoire des souvenirs assez précis des années 80 et 90, c'est le début du livre qui m'a le plus intéressée, là où il est question d'un temps d'avant ma naissance (les années 50, 60 et 70), du temps de ma mère et de ma grand-mère.
   
Dans ce livre il y a un petit quelque chose du "Je me souviens" de Perec avec un soupçon de la sociologie de Pierre Bourdieu et un clin d'oeil à Virginia Woolf ("Les Années" est un roman de Virginia Woolf retraçant l'histoire d'une famille sur plusieurs générations).

Je ne saurais que trop vous conseiller de vous procurer "Ecrire la vie" d'Annie Ernaux, dans la collection Quarto de Gallimard : outre "Les années", vous pourrez y lire "Les armoires vides", "La femme gelée", "Passion simple" et beaucoup d'autres livres d'Annie Ernaux ici rassemblés. 

5 commentaires:

  1. Podcast de France Culture Émission "Du jour au lendemain " d'Alain Veinstein consacrée à Annie Ernaux pour "L'atelier noir" et "Écrire la vie".

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  2. Il se trouve que lors de son passage chez Busnel, je lisais La place. Vous résumez très bien cette écriture "blanche" qui va vers l'épure.
    Ce sont les silences, les ellipses, et la sobriété stylistique dont A.Erneaux fait preuve qui nous conduisent vers
    la France des provinces et la "classe moyenne" (ouh que je n'aime pas cette expression tiroir!) dans les années d'hier et vers ce sentiment de re...connaissance, si important, si capital pour le roman.
    Il y a, moi je trouve, quelque chose de Duras chez Erneaux, quelque chose d'aussi fluide que chez duras dans ses meilleurs romans, (je veux parler de L'amant ou du Ravissement)

    Publié, qui plus est dans une excellente collection que constituent les éditions Quarto. Petit bémol d'ordre très pragmatique, l'épaisseur du papier et la lourdeur de l'ouvrage qui en fait difficilement un livre de chevet, (mais c'est un détail, j'en conviens).

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  3. D'accord avec vous sur le parallèle avec Duras (même si j'ai peu lu Duras finalement : juste quatre livres). Quant à la collection Quarto, c'est aussi une collection que j'aime beaucoup qui permet d'explorer en profondeur l'oeuvre d'un écrivain. On peut conseiller en particulier celui consacré à Julio Cortazar et celui consacré à Romain Gary.

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  4. Bonjour, grand livre qui m'a beaucoup touchée et "parlé". Je trouve qu'Annie Ernaux a fait un extraordinaire travail de recherche sur ces 60 dernières années. Son livre devrait servir comme base pour les historiens dans 50 ans. Et Annie Ernaux est arrivée à faire un condensé en n'oubliant presque rien. Bonne fin d'après-midi.

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  5. Merci pour votre commentaire dasola, je suis d'accord avec vous sur le côté très complet de cette histoire de la France des 60 dernières années que retrace Annie Ernaux. Je suis en train de découvrir d'autres livres d'elle grâce à ce gros volume de la collection Quarto.

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