Romain Gary, huile sur toile de William Mathieu, 140 x 90 cm, 2012

mercredi 31 août 2011

L’Ampoule, hors-série numéro 1 : « Monstres & Merveilles »

Voici en avant-première quelques indications sur ce que vous trouverez au sommaire du prochain hors-série de l’Ampoule, revue littéraire numérique, qui sera mise en ligne le 10 septembre sur le site des éditions de l’Abat-Jour.


Étoffé par rapport au pilote paru en juin, ce numéro compte plus de 100 pages, des rubriques, des collaborations entre auteurs et des dessins originaux autour du thème « Monstres & Merveilles », qui a particulièrement inspiré les auteurs (qu’ils soient ici remercié pour leur participation). 

À côté d’écrivains bien connus des lecteurs du site des éditions de l’Abat-Jour (Salima Rhamna, Paul Sunderland, Rip, Arthur-Louis Cingualte, Serenera, etc.), ce numéro contient également des contributions d’auteurs récemment arrivés sous l’Abat-Jour comme Guillaume Siaudeau et Pierre-Axel Tourmente, et des illustrations réalisées spécialement pour ce hors-série par Shin et Laurent Fantino.
Dans ces fictions, articles, nouvelles à quatre mains et exercices à contraintes, il sera question du monstre sous toutes ses formes, de bestiaires médiévaux, d’un étrange royaume d’Amérique du Sud, d’œuvre d’art japonaise, de fin du monde, d’uchronie, de romans-monstres, mais aussi de deux films très étonnants et de bien d’autres choses encore…

Rendez-vous le 10 septembre sur le site des éditions de l’Abat-Jour pour télécharger gratuitement ce hors-série de l’Ampoule.
Et notez qu’un prochain numéro est déjà prévu pour le mois de décembre…    

dimanche 28 août 2011

« Wilson » de Daniel Clowes (Cornélius)


J’avais déjà lu et beaucoup aimé « Ghost world » et « Comme un gant de velours pris dans la fonte » de Daniel Clowes et son « Wilson », dernière B.D. en date, bien moins barrée (et garantie sans freaks) me plaît tout autant… Personnage tristement banal pour ne pas dire médiocre, Wilson qui n’est plus tout jeune est célibataire, il n’a pas d’enfants, sa mère est décédée et son père est très malade et il partage sa vie avec son chien… et puis il ne travaille pas non plus (et n’a jamais travaillé apparemment).


 Racontée comme ça, je sais, ça donne pas très envie mais c’est sans compter les dessins colorés, la rondeur des personnages, l’ironie où le désespoir se mêle à une certaine tendresse (même si elle est maladroitement exprimée comme c’est le cas entre Wilson et son père), bref le grand talent de Daniel Clowes.     


 

samedi 27 août 2011

« La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao » de Junot Diaz (10/18)



Dans ce roman, nous suivons l'histoire d'Oscar, un jeune homme obèse fan de jeu de rôle, manga et autres figurines qui a du mal avec les filles (c'est le moins que l'on puisse dire) mais aussi de sa sœur Lola, de sa mère Beli et de sa " grand-mère ".
Le lecteur apprend énormément de choses passionnantes sur l'histoire de la République Dominicaine tout en plongeant dans un univers rempli de magie (le fuku, la Mangouste). On pense bien sûr à "La conjuration des imbéciles" de John Kennedy Toole, mais dans une version caribéenne des années 2000.
Il s'agit là d'un très bon roman écrit par un jeune écrivain américain d'origine dominicaine. 



Avec ce roman j'ai découverte un écrivain que j'ai envie de suivre et dont je lirai avec plaisir les nouvelles déjà publiées. 
A condition de ne pas être allergique aux notes à rallonge et à un langage composé d'argot, de verlan et de mots espagnols, on se régale de cette saga familiale moderne où le fuku frappe chaque génération du sceau de la malédiction.



vendredi 26 août 2011

« Les mauvaises gens : une histoire de militants » d’Etienne Davodeau (Delcourt)



Les Trente Glorieuses dessinées par Davodeau, à travers le récit de vie d'hommes et de femmes issus de milieux modestes, qui sont nés et ont grandi dans les Mauges, région rurale et catholique dont est aussi originaire Julien Gracq (l'auteur le cite d'ailleurs au début). Des années 50 à l'arrivée de la gauche au pouvoir, il nous retrace les parcours de vie de Marie Jo, Maurice et des autres " enfants du village de Botz ". 


On comprend, dans ces circonstances, l'importance qu'a pu avoir la J.O.C. incarnée par des prêtres ouvriers très en phase avec la jeunesse de l'époque dans leurs vies qui étaient avant tout des vies de travail. On découvre des initiatives très émouvantes comme le journal " la voix des copains " créé par les jeunes du village pour envoyer des nouvelles fraîches aux appelés partis en Algérie. C'est tout un pan de l'histoire de la France rurale de la deuxième moitié du XXème siécle qui nous est conté : une B.D. qui par son aspect très documentaire et pédagogique devrait être étudiée à l'école.


J'aime beaucoup son dessin en noir et blanc, la rondeur de certains personnages, on sent beaucoup d'humanisme, et même de tendresse et d'affection pour les gens qu'il dessine D'autre part, le fait qu'il se met en scène, se dessinant lui-même en train d'écouter les gens, de leur poser des questions, de dessiner, rajoute du relief à ses destins de gens simples. Page 94, vers la moitié de la B.D, on comprend que Marie-Jo et Maurice sont les propres parents de l'auteur. C'est un très bel hommage qu'il leur rend, à eux et à leurs compagnons de lutte, d'autant plus beau qu'il évite l'angélisme en les mettant aussi face à leurs contradictions (l'inscrire dans un lycée catholique privé alors que cela allait contre leurs convictions par exemple).

A visiter : le site d'Etienne Davodeau.

jeudi 25 août 2011

« 4.48 Psychose » de Sarah Kane (L’Arche)



Sarah Kane, dramaturge anglaise, née en 1971 et suicidée en 1999, fut à la fois adulée et dénigrée. Soutenue par des auteurs aussi importants qu’Harold Pinter et Edward Bond, ses pièces furent jouées dès 1995 (elle avait alors 24 ans) et firent scandale par leur violence, au point d'être menacées de censure. Pourtant, un critique du Daily Mail, Jack Tinker, affirma que son œuvre était celle d’une « ado suicidaire et frustrée ».  

Pour ma part, je découvre son œuvre par la fin, «4.48 Psychose » étant sa dernière pièce écrite, juste avant son suicide et je trouve l’expression de Tinker à la fois très méprisante et pas totalement infondée. Je comprends en effet aisément que des jeunes filles mal dans leur peau puisse aimer Sarah Kane et se reconnaître dans ses mots pleins de colère et de désespoir mais il me semble que cela n’entache en rien la qualité de son œuvre.

« 4.48 Psychose » est un « sténogramme sur la maladie de la mort » ainsi que le découvre le lecteur dans le petit texte de présentation en début d’ouvrage (un ouvrage par ailleurs imprimé sur un beau papier et cousu : fait remarquable à l’heure où beaucoup de livres sont collés et souvent mal collés). Je dirais qu’il s’agit d’un livre d’où s’élève une voix, celle d’une jeune femme souffrant de ce mal indescriptible et incompréhensible pour qui ne l’a pas vécu : le mal de vivre. 

Je reconnais aussi l’influence qu’a dû avoir Sarah Kane sur des auteurs contemporains français comme Chloé Delaume par exemple, écrivain que j’aime beaucoup et que j’ai beaucoup lu.

Il faudra que je continue d’explorer l’œuvre de Sarah Kane pour me faire un avis mais elle pourrait bien entrer dans mon panthéon personnel des folles suicidaires de grand talent (avec Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf, Sylvia Plath et Unica Zurn)…

Le site de référence sur Sarah Kane ici.

mercredi 24 août 2011

« Les femmes qui aiment sont dangereuses » de Laure Adler (Flammarion)


Un très beau livre qui, un peu comme celui de Quignard, "La nuit sexuelle", associe un texte écrit avec érudition et sensibilité (par Laure Adler) à de magnifiques reproductions de tableaux des maîtres italiens et flamands mais aussi des oeuvres contemporaines (délicieuse photo de Mapplethorpe datant de 1982 et représentant Louise Bourgeois tenant sous le bras une de ses sculptures nommée "Fillette"...).


Il y est question d'amour donc mais aussi de désir et de femmes : muses (Dora Maar), artistes (Niki de Saint Phalle) mythiques (Marylin Monroe) et surtout mythologiques (Omphale, Circé, Junon, etc.).

mardi 23 août 2011

« Dans la foule » de Laurent Mauvigner (Minuit)


Le drame du Heysel vous dit sûrement quelque chose : le 29 mai 1985 lors de la finale de la coupe d'Europe, des tribunes s'effondrent, causant de nombreux morts et blessés. Laurent Mauvignier s'est basé sur ce fait divers pour en faire un roman étonnant et très réussi.
On s'attache aux personnages tout en redoutant le moment du drame qu'on sent se rapprocher. Par un processus très pervers, on se demande qui va mourir, qui va s'en sortir, qui va être blessé. Bien qu'on soit complètement dans un roman traditionnel (avec une narration, une histoire, des chapitres, etc.) et pas du tout dans un reportage factuel, on n'a aucun doute sur l'existence réel des personnages: il existait forcément dans cette foule qui donne son nom au titre un petit frère n'aimant pas trop le foot et n'appréciant pas les amis skin de ses grands frères mais voulant juste être avec eux et se laissant griser par l'enthousiasme des supporters et une Virginie se laissant draguer par un supporter français de passage et lui donnant un numéro pour la joindre sur son lieu de travail alors qu'elle est fiancé...
Surtout, moi qui n'aime pas du tout le foot, je suis passionnée par ce roman de 372 pages qui est tout entier tourné vers un match de foot, certes qui tourne au drame mais un match de foot quand même. Et il en faut du talent pour m'intéresser à ça !
Mauvignier est décidément un des auteurs français les plus importants du moment.

Une petit vidéo d'une rencontre de l'écrivain avec des lecteurs à la médiathèque de Gradignan pour Lire en poche en 2010 : 


Lire en Poche | Laurent Mauvignier, rencontre (2) par Quani

lundi 22 août 2011

"L’éditrice » d’Emmanuel Pierrat (Hors collection)



Un homme, spécialiste des livres érotiques rares et précieux, entreprend d’écrire un livre sur le sujet : la jeune éditrice des éditions du Séquoia (quel hasard : Pierrat a publié un livre sur le sujet aux éditions du Chêne !) lui plaît, il la séduit en quelques secondes et leur séances de travail se transforment en parties de plaisir… ponctuées par la lecture de livres érotiques qu’il possède dans sa bibliothèque (c’est là le seul petit intérêt du livre).    

J’ai été très déçue par l’amoncellement de clichés qui compose l’imaginaire érotique - étonnament pauvre pour quelqu’un de si cultivé - du personnage principal (qui ressemble beaucoup à Emmanuel Pierrat lui-même) : le fantasme de la femme asiatique, celui du trio avec deux femmes (qui n’ont de relation sexuelle entre elles qu’en sa présence bien entendu…), celui de la blonde à gros seins à peine majeure, ou des femmes qui ne portent pas de sous-vêtement … toutes soumises et hurlant de plaisir dès que le narrateur les touchent. De plus, sa prétention d’être un bon amant frise tellement le ridicule qu’on a parfois envie de rire ...   

On dit parfois que le roman érotique est fait pour être lu d’une main : malheureusement « L’éditrice » s’est auto-détruit au fur et à mesure de ma lecture (à deux mains), les pages se détachant à partir du premier tiers du livre : expérience on ne peut plus désagréable pour qui considère que le livre (fut-il de poche et même si ce n’est pas un chef d’oeuvre) n’est pas un produit de grande consommation qui se jette après usage mais qui se conserve dans sa bibliothèque … Je suppose que pour réduire les coûts de fabrication les éditeurs font l’impasse sur la qualité du papier, de la reliure, etc …

C’est George qui m’a donné l’idée de lire ce livre, lu dans le cadre de son challenge « Le nez dans les livres ».

« L’excuse » de Julie Wolkenstein (Folio)


Ce roman est le récit de la vie d'une femme, Lise, sur quarante ans. On suit l'enquête qu'elle mène sur elle-même et sur la conviction d'un homme qu'elle est l'héroïne d'un roman d'Henry James, grâce à trois boîtes remplies de photos mais aussi d'un manuscrit et de divers indices qu'il lui a laissé. C'est donc un jeu de piste concocté pour elle avec le plus grand soin auquel Lise accepte de participer. 
Le lecteur partage l'histoire d'amour peu banale qui la relie à cet homme (qu'il appelle sa cousine mais qui n'est que le fils de la première femme de son père) et les étranges correspondances entre sa vie et le destin de l'héroïne de James.
J'avais peur que Julie Wolkenstein, 'une universitaire spécialiste d'Henry James ne parvienne pas à trouver un souffle romanesque et une écriture personnelle pour écrire sur un auteur trop admiré, mais je me suis trompée sur toute la ligne (et c'est parfois bien agréable de se tromper). 
Bien loin du pastiche, de la réécriture ou de l'hommage compassé, elle parvient à écrire un vrai roman avec de vrais personnages.

dimanche 21 août 2011

« Le pendule de Foucault» d’Umberto Eco (Grasset)


Ce roman est sans doute le meilleur d'Umberto Eco, à la fois le plus érudit des romanciers et le plus romanesque des érudits. Le livre a été publié en 1988 en Italie et en 1990 en France et c'était son deuxième roman publié après "Le nom de la rose", roman vendu à 17 millions d'exemplaires dans le monde et dont vous avez certainement vu l'adaptation cinématographique médiocre de Jean-Jacques Annaud sortie en 1986.
"Le pendule de Foucault" est un livre très prenant et intriguant, qui est truffé de références historiques (ce qui peut, il est vrai, rebuter dans un premier temps le lecteur) tout en étant divertissant. Il ouvre des perspectives étourdissantes, un peu comme « L’aleph » de Borges. 

Depuis, Eco a été beaucoup copié (je ne citerai pas de nom mais vous voyez qui je veux dire...) mais heureusement jamais égalé.  


Le polémiques concernant son dernier livre "Le cimetière de Prague", que je n'ai pas encore lu, me semblent complètement ridicules et farfelues. 

A lire aussi d'Umberto Eco : "N'espérez pas vous débarrasser des livres", écrit avec Jean-Claude Carrière et publié en 2009.


samedi 20 août 2011

« Arbre de fumée » de Denis Johnson (10 / 18)



Superbe roman sur la guerre du Vietnam à travers le regard d'une demi-douzaine de jeunes soldats américains à peine sortis de l'adolescence. Magnifique fresque sur l'histoire de l'Amérique et sur l'état du monde de 1963 à 1980.
On apprend des choses sur la guerre du Vietnam, on s'attache à des personnages souvent paumés, sans attaches (orphelins, sans travail ni copine fixe) et qui malgré la peur au ventre préfèrent parfois l'enfer là-bas que l'enfer de l'ennui et le sentiment d'inutilité chez eux.
Denis Johnson excelle autant dans les dialogues (entre militaires la plupart du temps) que dans les descriptions et les sentiments que peut ressentir un jeune type des années 60 catapulté dans un pays qui lui est totalement étranger et où le danger est partout (l'ennemi peut se cacher derrière une petite femme à vélo). Enfin, les sensations physiques (chaleur insupportable, moustiques, maladies, blessures, etc.) et les états d'âme (éblouissement devant la beauté d'un coucher de soleil, réaction inappropriée d'un jeune soldat à l'annonce de la mort de sa mère, etc.) sont extrêmement bien rendus, ce qui implique le lecteur et l'embarque tout au long de ce pavé de 679 pages, sans jamais le laisser sur le bord de la route.
Le style de Johnson - sec et abrupte, avec un lyrisme pas trop appuyé qui affleure dans certains passages à la manière d'un Conrad soft - rend la lecture très fluide et facile.

Ce roman a valu à son auteur d’obtenir le National Book Award  et d’être finaliste du prix Pulitzer en 2007.
 

Le prix du pire roman de la rentrée littéraire est décerné à ...

Bien avant la comédie des prix littéraires de l'automne, j'ai souhaité, par pure méchanceté et avec mauvais esprit, décerner en mon âme et conscience le prix du pire roman de la rentrée littéraire 2011. 
Le choix fût difficile et Marie Darrieussecq était bien placée avec sa "Clèves" dont les premières pages font immanquablement penser à un vieux film avec Charlotte Gainsbourg ("L'effrontée). A propos  de cette auteur, je ne peux que vous enjoindre à lire un petit pastiche assez jubilatoire paru naguère sur le site du C.A.K.E. : "Pilou est mort" de Machar Zipout.  

   
Finalement, le prix est décerné à l'unanimité (et oui : parfois je parviens à être d'accord avec moi-même) à Eric-Emmanuel Schmidt, écrivain que j'ai toujours détesté : sa vieille dame rose bonbon, son coming out sur Mozart, ses histoires de sumo ridicules, de sectes et d'Evangile, son Odette Toulmonde, son Ulysse de Bagdad et surtout ses fleurs du Coran fanées plagiant "La vie devant soi" de Gary. Il paraît qu'il est un des auteurs francophones les plus lus au monde : ça fait très peur si c'est cette vision de la littérature française qui s'exporte !    

Dans le dernier numéro du magazine "Lire", j'ai lu un long extrait de son prochain roman "La femme au miroir" (Albin Michel) et je dois dire que j'ai été assez effarée devant la nullité de sa prose. Le sujet (la vie croisée de trois femmes à des époques et dans des pays différents) paraît quelque peu copié sur "Les heures" de Michaël Cunningham mais passons ... le pire est dans l'écriture : incompréhensible qu'un éditeur puisse publier ça. La seule explication que je trouve à ce phénomène c'est qu'ils sont sûrs de le vendre par palettes entières dans les supermarchés à des ménagères de moins (ou plus) de 50 ans semi-illettrées.

Quelques extraits (pour rire un peu, en attendant la mort bien sûr) :

"Anne contempla le rayon de soleil qui, jailli de la fenêtre trapue, traversait la pièce en oblique." 
Expliquez-moi comment une fenêtre peut-être trapue S.V.P. ! 

"Anne devinait que le bonheur se cachait dehors, derrière un arbre, tel un lapin ; elle voyait le bout de son nez, elle percevait sa présence, son invite, son impatience... En en ses membres, elle éprouvait une démangeaison de courir, de rouler dans l'herbe, d'embrasser les troncs, d'inspirer à pleine poitrine l'air poudrée de pollen."
Quelle belle scène bucolique : on sentirait presque la bouse de vache !

"Rien de plus rare que les mâles à Bruges."
Je garde en moi le secret espoir que cette phrase contienne une contrepèterie : si vous la trouvez, prière de me contacter.

vendredi 19 août 2011

« Le llano en flamme » de Juan Rulfo (Folio)


J'aime beaucoup cet auteur, un des meilleurs écrivains sud-américains, il me semble. Son chef d'oeuvre reste "Pedro Paramo", cependant, ce recueil de nouvelles a l'avantage d'être plus accessible pour des lecteurs qui ne connaîtraient pas Rulfo et toutes les nouvelles sont excellentes.
On retrouve l'ambiance de "Pedro Paramo", en particulier dans la nouvelle intitulée " Talpa " qui confirme que Rulfo est un des rares auteurs à savoir parler du corps dans ses états limites (maladie, agonie, etc.). 
La terre est au centre de son œuvre. Plus que de Nature au sens d'allégorie romantique, c'est bien de la terre très concrète qu'il est question chez Rulfo : la poussière, la chaleur de la terre, son humidité, sa fécondité ou son aridité.


                                            Photographie de Juan Rulfo


jeudi 18 août 2011

« Les corrections » de Jonathan Franzen (Folio)





Ce remarquable roman raconte l’histoire d’une famille américaine typique à la dérive entre le vieillissement, la maladie et la perte d’autonomie des parents et les errances des enfants.
Franzen réussit à la fois les personnages féminins et masculins, les vieux et les jeunes : tout sonne juste dans cette chronique familiale où chacun est tiraillé entre ses désirs, ses culpabilités et les demandes affectives des autres. J’ai beaucoup aimé le personnage de la fille, grand chef dans un resto branché mais qui se trimballe une bonne dose de névroses et de doutes sur sa vie familiale et sentimentale.

Un très beau portrait d’une famille américaine d’aujourd’hui  par un grand écrivain !

Cette critique s'inscrit dans ma participation au challenge "100 de littérature américaine" proposé par le blog littéraire The Buried Talent.

 

« Les rillettes de Proust ou 50 conseils pour devenir écrivains » de Thierry Maugenest (Points)



Avec un titre pareil, au moins on sait à quoi s’en tenir : il s’agit bien d’un livre humoristique. A travers des exemples tirés de la grande littérature et de textes inédits écrits (brillamment) par lui, Thierry Maugenest par ailleurs auteur de polars, nous donne quelques conseils pour mieux écrire…et épingle au passage quelques écrivains ayant abusé des adverbes, adjectifs et ayant commis des maladresses littéraires étonnantes.
Un petit livre drôle et instructif qui m’a donné envie de sortir « Tristam Shandy » de Sterne de ma bibliothèque pour le lire. Un vrai-faux manuel d’écriture qui vous décomplexera de vos petits travers (le mien c’est les parenthèses comme vous l’avez peut-être déjà remarqué) et vous fera passer un bon moment. Ainsi, comme moi, soyez rassuré : non ce n’est pas vous qui êtes bête mais Bergson qui est illisible. Quant à « Finnegans Wake » de Joyce, ne le lisez pas : c’est le cadeau idéal à faire à votre meilleur ennemi…(ça c'est moi qui le dit et pas Maugenest : lui, il dit juste que c'est illisible).  
Et si, comme moi, vous regrettez le temps béni des cahiers de vacances, n’oubliez pas de faire les exercices pratiques proposés par l’auteur en fin d’ouvrage.


mercredi 17 août 2011

« L’invention de Morel » d’Adolfo Bioy Casares (10 /18)



Si je vous dis qu'il est ici question d'une drôle de machine, d'une île mystérieuse, d'un homme qui fuit son passé, d'une femme étrange dont il tombe amoureux, de la mince frontière entre la réalité et la fiction, déjà ça devrait attiser votre curiosité de lecteur... Si je vous dis qu'en plus, la préface est signée Borgès, ça devrait finir de vous convaincre d'acheter ce petit livre de poche d'un grand nom de la littérature sud-américaine : une très belle lecture en perspective !

mardi 16 août 2011

« Chroniques imaginaires de la mort vive » de Philippe Annocque (Melville Editeur)

Après "Monsieur le Comte au pied de la lettre"  et "Liquide", c’est le troisième roman de Philippe Annocque que je lis (le hasard a fait que j’ai commencé par son dernier livre paru avant de remonter dans le temps) et je ne saurais dire lequel j’ai préféré tant ils sont différents…
Décidément, après les brumes pyrénéennes, ce sont les brumes de Vauvert qui me donnent du mal… Il n’est pas facile en effet de parler de ce livre (au titre magnifique) que j’ai pourtant énormément aimé : j’ai même ralenti à dessein ma lecture pour qu’il me fasse deux jours au lieu d’un, malgré sa petite centaine de pages.    
Ce serait faire offense à l’auteur que de raconter « bêtement » l’histoire du livre, d’autant qu’il parvient à ménager un certain suspens jusqu’au bout… peut-être même laisse-t-il le lecteur suspendu comme en équilibre au-dessus du livre une fois le roman refermé.
Disons seulement que l’histoire se déroule dans un village, Vauvert, où des habitants sont retrouvés morts, vraisemblablement tués sauvagement par un homme (ou une bête ? ).
On ne peut s’empêcher de penser à la bête du Gévaudan… mais j’ai aussi pas mal pensé à Laurent Mauvignier en lisant ce roman de Philippe Annocque sans pouvoir vraiment expliquer pourquoi (bien sûr il y a l’adresse au lecteur à de la deuxième personne du singulier mais ça n'explique pas tout).



C’est un roman nimbé de mystère, hanté par la mort mais aussi par les souvenirs de l’enfance, le désir et (comme toujours chez Annocque : c’est peut-être là le vrai lien entre ses livres) la quête identitaire.      

Un très beau livre qui ne mâche pas le travail au lecteur et laisse la place à l’interprétation personnelle. 

Extraits :
« C'est au creux de la matinée sans doute, personne ne pourrait l'affirmer avec certitude, que sa présence déjà fantomatique s'est dissipée tout à fait, quelque part entre le brouillard et les herbes, au confins d'un bosquet de sureaux noirs. »
« Une nuit quand même le temps vint à bout de la boue.
Tu le reconnus tout de suite : différente était la lumière qui perçait à travers les persiennes. Différente aussi des rais parallèles qui striaient encore d'ombre franche et de soleil tes souvenirs d'étés, tes souvenirs d'enfance matinale auxquels tu n'osais plus croire : c'était plutôt au milieu de la pièce une apparence de nébuleuse blanche que pour un peu tu aurais cru toucher - froid et mouillé, c'était, sans aucun doute. »

A lire : la très intéressante interview donnée par Philippe Annocque au magazine « Le matricule des anges » 

Extrait de « Rom@ » de Stéphane Audeguy (Gallimard)


Je viens de découvrir des extraits de « Rom@ », le prochain roman de Stéphane Audeguy en écoutant France Culture dans l’émission « Les bonnes feuilles », très bonne émission que je vous conseille où l'auteur lit lui-même l'incipit de son roman à paraître en septembre . 
Séduite par son écriture poétique et pleine de sensualité, j’ai encore plus envie de lire ce roman. 
L’écrivain, qui séjournait alors à la villa Médicis, y fait parler la ville de Rome à la première personne, celle-ci devenant la narratrice de son histoire. 
Encore un livre qui va me faire rêver d’Italie... 

Vous pouvez réécouter cette émission qui dure un peu moins d’un quart d’heure ici.


« Le liseur » de Bernhard Schlink (Folio)




Le roman se divise en trois parties. Ca commence par une histoire d'amour entre un jeune homme de 15 ans et une femme de 20 ans de plus. Puis, le jeune homme devenu étudiant en droit assiste à un procès où il retrouve son ancienne maîtresse dans le rôle d'une surveillante de camps de concentration. Enfin, lorsque celle ci est condamnée à perpétuité, il lui envoie des cassettes de textes lus par lui, en souvenir du temps où elle lui demandaient de lui lire à haute voix de la littérature en prélude à l'amour et parce qu'il est un des seuls à connaître son secret qui a peut-être fait basculer son destin vers les camps : elle ne sait pas lire.

Un magnifique roman sur la culpabilité, la trahison, le secret et le pouvoir des livres et de la littérature.
Cette critique s'inscrit dans ma participation au challenge lancé par le blog littéraire "Les livres de George".

lundi 15 août 2011

« Nuit et jour » de Virginia Woolf (Points)


Bien que n’appréciant pas spécialement la romancière Camille Laurens ─ la faute certainement à Pierre Jourde qui la qualifie de « bibliothécaire de C.D.I. »  (ce qui est un brin méprisant pour les documentalistes) dans « La littérature sans estomac » ─ je dois reconnaître que sa préface à cette réédition de « Nuit et jour » de Virginia Woolf est particulièrement réussie. La preuve que lire et aimer de bons écrivains peut donner des ailes…

Il est en effet nécessaire de replacer ce roman dans la bibliographie de Virginia Woolf : entre « La traversée des apparences », son premier roman publié qui connut un certain succès et « La chambre de Jacob » avec lequel Woolf trouve vraiment son style. C. Laurens rappelle aussi que Katerine Mansfield comparait (avec raison) « Nuit et jour » à « Orgueil  et préjugés» de Jane Austen. En effet, nous suivons les états d’âme de personnages féminins représentant les différentes facettes de Virginia Woolf : Katherine, jeune femme de bonne famille qui s’apprête à se marier sans amour, Mary, suffragette convaincue obsédée par la vérité et qui refuse de se plier aux conventions sociales de l’Angleterre édouardienne, et Cassandra la plus jeune des trois, vive et intelligente, en admiration devant sa cousine Katherine. Mariage et amour sont les questions essentielles du livre et préoccupent également les hommes : William le fiancé de Katherine, soucieux de la morale et des apparences qui vit mal son attirance pour Cassandra et Ralph, jeune homme d’origine modeste, épris de Katherine ou plutôt de l’image qu’il se fait d’elle mais qui demande Mary en mariage car elle sait l'écouter et qu'il apprécie sa compagnie…

Certes, c’est un roman que l’on peut qualifier de classique et Woolf n’y révolutionne pas le roman comme elle le fera plus tard avec « Mrs Dalloway » ou « La promenade au phare ». Et pourtant, on ne s’ennuie pas un instant dans « Nuit et jour », gros pavé de 530 pages, notamment grâce à des personnages complexes et attachants car emplis de failles et de doutes sur leurs propres sentiments.

Extraits :

« Jamais les voix ne sont aussi belles qu'en hiver, à la tombée du jour, quand les lignes du corps s'estompent et qu'elles semblent s'élever du néant avec une intonation intime si rare en plein jour. »

« Certains livres vivent bel et bien, dit-elle, l'air songeur. Ils sont jeunes et vieillissent en même temps que nous. »

« Une fumée raffinée - essence éthérée du brouillard - flottait dans ce salon spacieux et plutôt vide -argentée par la présence des chandeliers groupés sur la table à thé, et rougeoyante dans les reflets du feu.»

« Une sorte de respect obstiné pour elle-même, ancré à la racine de son être, lui interdisait de s'abandonner, même dans la tourmente de la passion. Et, en cet instant, bien que perdue au milieu des tempêtes et des hautes vagues déferlantes, elle connaissait un pays où le soleil brillait au-dessus des grammairiens italiens et des coupures de journaux. Pourtant, devant la fadeur dépouillée de cette campagne écorchée par la pierre, elle sut que sa vie serait dure et solitaire, presque au-delà de ce qui est humainement supportable. »


dimanche 14 août 2011

« Moi vivant, vous n’aurez jamais de pauses ou comment j’ai cru devenir libraire » de Leslie Plée (Jean-Claude Gawsewitch Editeur)


Une excellente B.D. autobiographique sur l’univers impitoyable des grandes surfaces culturelles. L’auteur, une jeune fille de 26 ans qui aime lire et croit avoir décroché un super boulot de libraire en C.D.I. et à temps plein dans la ville de Rennes où elle a emménagé pour suivre son copain, déchante très vite et finit par donner sa démission. Entre l’absence de pause, les cadences infernales, les tâches répétitives, les petits chefs arrogants et les clients imbuvables, il n’est pas facile d’être libraire dans un Cultura : d’ailleurs est-elle vraiment libraire ?
Mine de rien, derrière la dimension humoristique de cette bande dessinée, des choses importantes sont dites sur le commerce du livre aujourd’hui (et pas que dans les grandes surfaces culturelles) et il a également valeur de témoignage.

A visiter aussi, le blog de Leslie Plée

« L’histoire de l’amour » de Nicole Krauss (Folio)




Très bon roman composé d'histoires croisées, entre New York, Israël, la Pologne, l'Amérique du Sud et l'Angleterre, des années 30 à aujourd'hui. De très beaux personnages comme le vieux Léo Gursky, la jeune Alma Singer ou l'étrange Bird, son petit frère. La bonne idée du roman, c'est que le lien entre les personnages est un mystérieux livre intitulé " L'histoire de l'amour " écrit en Pologne avant guerre par un très jeune homme amoureux d'une Alma. 
Quelques jolies idées au cœur du roman (ou plutôt du livre dans le livre) : on peut faire une histoire de la naissance des sentiments et avant le langage, les gens ne communiquaient que par gestes, ce qui créait de nombreux quiproquos mais aussi une attention démultipliée à Autrui et un désir de faire des efforts pour se faire comprendre. La narration est bien menée avec l'alternance des voix des trois personnages ainsi que des passages de ce fameux livre par une mise en abyme assez réussie.
En plus, l'histoire du manuscrit étant compliquée (de Pologne jusqu'à un kibboutz en Israël en passant par la devanture d'une librairie sud-américaine), et chaque personnage ne détenant qu'une pièce du puzzle, il y a un vrai suspens jusqu'à la fin. 
Amusant de penser aux échos entre ce roman de Nicole Krauss (son deuxième) et le premier livre de son mari, Jonathan Safran Foer " Tout est illuminé ": on dirait que les deux romans se répondent, tant dans leurs thématiques que dans leurs personnages ou leurs constructions complexes faisant se croiser les époques et les lieux. C'est aussi un bel hommage à la littérature (références explicites à Kafka et Borges) et plus largement au pouvoir de l'imagination.
Un seul petit bémol au niveau du style : l'expression " et pourtant. " qui revient sans cesse dans la bouche de Léo et qui finit par lasser à la longue.

Extrait : 
"La première femme a peut-être été Eve, mais la première jeune fille sera toujours Alma (…) Sans doute avais-tu dix ans la première fois qu’elle t’est apparue. Elle était debout au soleil et se grattait les jambes. Ou bien traçait des lettres dans la poussière avec un bâton. (…) Et une partie de toi était attirée vers elle, et une partie de toi résistait." 

A noter : Nicole Krauss vient de publier "La grande maison" il y a quelques mois en France, je vous en parlerai quand je l'aurai lu... prochainement. 

samedi 13 août 2011

« Si par une nuit d’hiver un voyageur » d’Italo Calvino (Points)


Quel est le point commun entre un polar belge, un roman polonais, un livre japonais, un roman sud-américain à la " Pedro Paramo " ? Ce roman. Où il est question d'un complot d'apocryphes, de vrais auteurs rêvant de l'anonymat des " ghost writer ", de faux traducteurs escrocs, d'éditeur débordé, de régimes pratiquant la censure, d'une machine à lire, etc… et surtout de toi, Lecteur et de toi, Lectrice auxquels l'auteur s'adresse à la deuxième personne. 
Un roman ludique sur l'activité du lecteur de roman et les passerelles multiples existant entre vie de fiction et vie réelle.
Ma " sensibilité féministe " me fait cependant m'insurger contre le fait que la Lectrice (dont on nous dit pourtant qu'elle a plus lu et plus retenu de ses lectures que son équivalent masculin) soit réduite au statut d'objet de fantasme à la fois du Lecteur, de l'Auteur et de l'Editeur. D'autre part, la fin est un peu décevante : dommage, très dommage...
C'est ce qu'on appelle au final un livre "déceptif".

jeudi 11 août 2011

Entretien avec Serenera

Interview de Serenera, auteur prolifique de nouvelles pour le site de l’Abat-Jour (Ceci n’est pas une pipe, De mauvais goût, Le squelette de William Turner, L’homme, l’œil et le mort, etc.) et d’un article dans le premier hors-série de l’Ampoule.

Pourquoi ce pseudo : Serenera ?

Serenera, c’est un alter ego que j’ai inventé à quatorze ans lorsque j’ai découvert Internet. J’aimais bien la sonorité. C’est devenu un personnage par la suite. Il paraît que cela veut dire quelque chose en espagnol ; du moins, j’avais trouvé une définition il y a quelques temps sur Internet. On ne sait jamais ! D’aucuns trouvent ce pseudonyme féminin. C’est aussi mon anima, pour causer vite fait Jung.

Vous tenez un blog intitulé « Carnets Noirs. Au triomphe de l’autophagie » : une explication peut-être sur ce titre et ce sous-titre ?

Mais certainement. Je voulais un blog en rouge et noir, parce que je voyais alors tout en rouge et noir. Il aurait pu s’appeler « Carnets vermeils », mais « Carnets Noirs », ça cogne sec, à mon avis. Notez que c’est aussi le titre d’au moins un bouquin. Quant au sous-titre, c’est assez simple : je pratique l’écriture masochiste de manière intensive depuis quelques années (ainsi que le voyeurisme littéraire). La douleur est un fluide très volatil. Ça explose assez souvent, en bien ou en mal. Vous remarquerez que c’est également le sous-titre d’une nouvelle, De mauvais goût.

Certains textes de votre blog sont présentés comme de l’écriture automatique : est-ce une pratique que vous affectionnez particulièrement ?

Je faisais mon fanfaron en prétendant être capable d’écrire « automatiquement ». Je ne crois pas tellement aux pseudosciences et à la parapsychologie. Si par écriture automatique on entend, comme B. Werber, de faire taire son cerveau et de laisser ses doigts agir, alors oui, je pratique souvent l’écriture automatique. Si c’est plus que cela, non, à mon grand dam. J’ai toujours un œil sur mon front qui s’ouvre pour me dire à quel point ce que je fais est nul et vain et voué à la poubelle. C’est assez embêtant.

Avez-vous d’autres façons d’écrire, plus réfléchie et retravaillée ? Différenciez-vous l’écriture poétique et l’écriture de nouvelles ?

L’écriture poétique, haha. La bonne blague. J’ai besoin d’une muse pour les poèmes. Ça paraît con, mais c’est pourtant ainsi. Pour les nouvelles, je n’ai pas besoin d’aller mal pour écrire. Je peux aller bien et repérer les anomalies. Puis extrapoler pour donner naissance à un texte, souvent court.

Quid du roman ?

Le roman, c’est une autre histoire. J’ai régurgité la torpeur et je me suis pourléché les salissures. En faisant bien attention à y donner de la forme. Maintenant, je travaille à rajouter une intrigue et soixante-dix pages environ. Curieusement, ça ne veut pas prendre. Je ne dois pas être un vrai romancier si j’ai besoin de fluides d’écriture hautement volatils.

Écrivez-vous depuis longtemps ?

J’écris depuis tout p’tit. Mes parents m’avaient offert un carnet. Quand j’ai été assez grand, j’ai eu droit à une machine à écrire. Plus tard, à l’écriture sur suite informatique, le grand luxe. Je n’oublierai jamais ce petit carnet, contenant une nouvelle déjà trash pour l’âge que je devais avoir.

Quelle place occupent la lecture et l’écriture dans votre vie ?

J’ai énormément lu petit, moins pendant mes études. Je reprends mon rythme de croisière actuellement, mais ça ne va pas durer. Sans lecture, et surtout lecture de poèmes, car je suis avant tout un amateur de poésie (j’imagine que ça ne se voit guère à la lecture de Ceci n’est pas une pipe), je n’écrirai plus. Quant à l’écriture, ça n’a jamais été une envie. Je n’ai jamais envie d’écrire. J’en ai besoin.

On peut vous écouter lire une de vos nouvelles en langue anglaise ici. J’ai beaucoup aimé et cela m’amène à vous poser deux séries de questions.
La première porte sur l’intérêt qu’il y a d’entendre l’écrivain lire un de ses textes : êtes-vous adeptes des lectures d’écrivains ? Pensez-vous que cela apporte quelque chose de plus au texte brut lu par le lecteur ?

D’abord merci, je suis heureux que cela vous plaise. Je suis un grand amateur de lectures d’écrivains et d’anonymes. Je passe une bonne partie de mon temps libre à écouter des connards réciter ou lire des vers d’illustres auteurs sur YouTube. On frôle le terrain de l’érotisme lorsque l’on écoute. Je lis à haute voix depuis longtemps, en anglais principalement depuis le lycée, époque où j’ai amélioré mon accent. C’est un besoin qui me pousse à m’enregistrer, et rien ne me fait plus plaisir qu’un gentil commentaire sur un texte lu. Je pense lire pour des aveugles et des malvoyants bientôt. Ça sera sûrement très enrichissant.

La deuxième piste de réflexion concerne la langue anglaise : êtes-vous angliciste de formation (comme on peut le penser à la lecture de l’article « Regard sur deux strophes de Yeats et de Keats ») ? Avez-vous l’habitude d’écrire en anglais ?

Oui, je suis angliciste de formation. Vous m’avez eu. J’écris assez souvent en anglais, directement, quitte à retraduire en français par la suite comme ça a été le cas pour Le Squelette de William Turner.

Les noms de Shakespeare, Yeats, Keats ou Edgar Allan Poe reviennent dans vos écrits : des influences littéraires ? Quels sont vos auteurs préférés ?

Shakespeare, Yeats, Keats, Poe, mais aussi Auden que j’aime beaucoup, T.S Eliot bien sûr, Lovecraft, Frost, à qui l’on doit un des plus beaux poèmes sur le suicide, mais aussi Faulkner et Bradbury pour ne citer que les sources d’inspiration les plus évidentes.

Sur votre page Facebook, on constate un grand éclectisme en matière de littérature : peu de rapport entre Borges, Lovecraft, Stephen King et Gracq. Comment expliquez-vous cela ?

Pour être plus exact, il faudrait aussi prendre en compte les peintres et les compositeurs/interprètes. Je ne serais rien sans Sopor Aeternus, et la musique « Dark Cabaret ». Rien sans W. Turner et surtout Munch, qui inspire grandement mes écrits. Il y a pas mal de rapports entre Lovecraft et Borges, hehe. Borges a d’ailleurs dédié une nouvelle très lovecraftienne à l’auteur reclus de Providence. J’ai l’impression que tous les auteurs que j’aime sont interconnectés. Ce n’est sûrement qu’un fantasme.

D’autres auteurs qui vous ont marqué ?

J’ai oublié de mentionner Dylan Thomas je crois ! Il m’a été d’une grande aide pour mon apprentissage de la langue et dans la lecture.

Et Internet : pensez-vous que cet outil permet de nouveaux modes de diffusion de la littérature ?

Internet est une petite merveille pour les amoureux des maux et des mots. Cela permet aux jeunes auteurs de trouver un premier public. En ce sens, ce n’est pas sans me rappeler les pulps et magazines bon marché aux États-Unis dans les années 1920/30/40/50/60 qui publiaient des auteurs inconnus pour quelques sous. YouTube est un instrument très intéressant à ce titre. Je ne répéterai jamais assez que la Voix est un instrument de mort en littérature.

Votre premier choc littéraire ?

Mon premier véritable choc littéraire, je l’ai eu à dix ans, lorsque mon père m’a arraché un bouquin d’horreur cheap des mains pour me donner ce qu’il appelait de la « vraie littérature ». J’ai eu le choix entre David Copperfield de Dickens et Chroniques Martiennes de Bradbury. J’ai pris les Chroniques Martiennes, je n’y ai rien compris mais j’ai adoré. Et j’ai lu beaucoup de SF par la suite. Bradbury m’a appris la délicatesse. Ça ne se voit pas non plus dans mes écrits, ou du moins pas dans mes nouvelles noires. Et Lovecraft, la démesure (ça se voit déjà plus). Fred Botting dit que Gothic is the writing of excess. Je m’y reconnais volontiers.

Votre dernier choc littéraire ?

Mon dernier choc, ça a été Crime et Châtiment. Il n’y a pas une ligne de trop. Si j’étais un vilain garçon, je dirais que Dostoïevski est un excellent auteur de polars.

Bientôt la rentrée littéraire : est-ce quelque chose qui vous laisse froid ou vous tenez-vous au courant des livres qui sortent ?

Du tout, je suis un monstre d’ignorance concernant les rentrées littéraires. Je lis très peu de littérature et de poésie contemporaines.

Pour finir, des projets ?

Je travaille, comme je vous le disais, à boucler Ad Nihilum, mon roman. J’en écris en même temps un autre, Fluides de la Désintégration. J’aimerais bien avoir assez de poèmes pour avoir un recueil. J’écris aussi une nouvelle intitulée V.I.H., et pense à un projet de SF inspiré de Tarkovski.

vendredi 5 août 2011

« Berlin Alexanderplatz » d’Alfred Döblin (Folio)



L’auteur de ce roman est comparé à Céline, Joyce, Brecht ou Dos Passos en 4 ème de couverture, ce qui met la barre un peu haut peut-être.
Je m'attendais à plus de violence (mais c'est peut-être un tort : quand je vois le mot "violence", je m'attends à un cran au-dessus de ce que j'ai déjà lu) mais j'ai été séduite par contre par l'humour et la distance de l'auteur par rapport à son personnage, un criminel qui erre dans les bas-fonds du Berlin des années 20.

Un des meilleurs passages se situe vers le milieu du livre avec la description d'un abattoir.
Il me semble que ce roman a inspiré d'autres auteurs (Alasdair Gray dans "Lanark", c'est évident avec cet homme qui a tué sa compagne et qui a peur d'être condamné à commettre indéfiniment le même crime) et des artistes d'autres disciplines (les deux anges à la fin qui veillent sur Franz ont forcément inspiré Wim Wenders dans "Les ailes du désir").

Le style peut en effet faire penser à Céline, il faut dire que ça a été écrit à peu près à la même époque, mais en moins fort il me semble même s'il y a une forme de gouaille. L'originalité du roman tient beaucoup au mélange entre narration classique, interpellation du lecteur, fragments de publicités, d'affiches, de tracts politiques, de coupures de journaux, d'extraits de la Bible.

Un classique de la littérature allemande qu’il faut avoir lu.

Extrait :
"En somme, pas grand chose à narrer sur Franz Biberkopf. On connaît le garçon. Tout le monde se doute de ce que fera la truie quand elle entre dans le parc aux cochons. Seulement, ladite truie est mieux partagée que l'homme, en ce sens qu'elle n'est que chair et graisse de part en part ; et ce qui peut lui arriver n'est pas bien grave, à condition qu'elle ait sa pâture. Tout au plus, qu'elle fera des petits une fois de plus ; et au terme de la vie, il y a le couteau, ce qui n'est pas bien terrible ni très inquiétant au fond. Elle en sera quitte, avant de s'apercevoir de quoi que ce soit la pauvre fille.Mais l'homme, ça vous a une paire d'yeux avec toute espèce de choses en dedans, tout pêle-mêle. L'homme a l'Imagination, et sa terrible tête le force à imaginer ce qui peut lui arriver, et c'est le diable."

jeudi 4 août 2011

« L’homme-jasmin » d’Unica Zürn (Gallimard)


Ne pas se fier au sous-titre "Impressions d'une malade mentale" qui laisserait croire qu'on est ici en face d'un simple témoignage comme il en existe des milliers ou, pire, d'un rapport clinique. Non, ceci est de la littérature, et de la très bonne : empreinte de sensibilité et de poésie.

D'origine allemande, Unica Zurn, adepte des anagrammes et du "dessin automatique" a été la compagne de Hans Bellmer, elle s'est suicidée en 1970.

Un beau à livre à découvrir grâce à la collection "L'Imaginaire" de Gallimard qui décidément ne publie que des textes de qualité.

Extrait :
"C'est alors que pour la première fois elle a la vision de l'Homme-Jasmin ! Immense consolation ! Reprenant son souffle elle s'assoit en face de lui et le regarde. Il est paralysé! Quel bonheur! Jamais il ne quittera le fauteuil qu'il occupe dans son jardin où, même en hiver, le jasmin fleurit. Cet homme devient pour elle l'image de l'amour."


« La reine des lectrices » d’Alan Benett (Folio)



La reine d'Angleterre devient une lectrice compulsive, s'intéresse à Alice Munro, se méfie de Jane Austen, s'interroge (et interroge le président français) sur Jean Genet, se passionne pour Proust et en vient logiquement à l'écriture. De la science-fiction pensez-vous ? Non, une jolie fable sur la lecture écrite par l'écrivain anglais Alan Benett.
Un petit roman jubilatoire sur la lecture, ce vice impuni, qui touche même les grands de ce monde. Les deux dernières phrases achèvent de convaincre le lecteur, si tant est que cela soit encore nécessaire.

Extrait :

« - Un passe-temps ? dit la reine. Les livres sont tout sauf un passe-temps. Ils sont là pour vous parler d'autres vies, d'autres mondes. Loin de vouloir passer le temps, sir Kevin, j'aimerai au contraire en avoir davantage à ma disposition. Si j'avais envie de passer le temps, j'irai en Nouvelle-Zélande. »

La critique de ce livre s'inscrit dans le cadre du challenge "Le nez dans les livres" organisé par le blog littéraire Les livres de George.

mercredi 3 août 2011

« Passage de l’Odéon. Sylvia Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris dans l’entre-deux-guerres » de Laure Murat (Folio)

 
Découvrez le cœur palpitant de la vie littéraire de l’entre-deux-guerres qui se trouvait 7 rue de l’Odéon. Dans la librairie-bibliothèque « La Maison des amis du livre », une certaine Adrienne Monnier conseillait des livres au tout-Paris. Elle avait à peine 23 ans et aucune expérience hormis son amour des livres lorsqu'elle se lança dans l'aventure, et bientôt elle devint la seule libraire de Paris à posséder l'intégralité du fond Mercure de France et N.R.F., les deux meilleures maisons d'édition littéraire de l'époque. 

 Adrienne Monnier

En face de cette librairie pas comme les autres, une autre femme, Sylvia Beach, la compagne d’Adrienne Monnier, tient aussi sa librairie « Shakespeare and Company ». Dans ces deux librairies nichées au cœur de Paris, ns, les habitués des lieux s’appellent André Gide ou Valéry Larbaud et croisent les écrivains américains en goguette à Paris (Hemingway, Scott Fitzgerald, etc.). S’essayant à l’édition, Sylvia Beach et Adrienne Monnier éditeront ensemble « Ulysse » de Joyce, livre faisant l’objet de censure et de procès un peu partout, notamment aux U.S.A.


                                                        Sylvia Beach

Entre essai, biographie et hommage, « Passage de l’Odéon », récit très vivant, alternant anecdotes et considérations plus profondes sur la place des femmes dans la vie culturelle et dans la société de l'époque, est un livre passionnant écrit par Laure Murat, une femme que l’on sent passionnée par son sujet.