Surtout connue pour son journal qu’elle a tenu dès l’âge de 11 ans et durant toute sa vie ainsi que ses amours tumultueuses avec Henry Miller (entre autres), Anaïs Nin a également écrit des nouvelles érotiques. Le recueil « Vénus Erotica » étant constitué de textes pour lesquelles elle touchait un dollar la page, on aurait tôt fait de le considérer comme un travail alimentaire peu intéressant pour un lecteur d’aujourd’hui et non une œuvre littéraire.
On aurait pu craindre qu’étant payée à la page, Anaïs Nin ne fasse du remplissage et rallonge artificiellement ses nouvelles mais paradoxalement c’est l’inverse. En effet, plusieurs nouvelles donnent une impression d’avoir été bâclée alors qu’elles auraient pu être prolongées et étoffées. Pour autant, la plupart des nouvelles sont à la fois bien écrites et d’une certaine efficacité sur le plan érotique (je mets de côté les nouvelles à caractère pédophile que je n’ai pas pu terminer).
Impossible de faire la critique détaillée de chacune de ces nouvelles (il y en a quinze : certaines font six ou sept pages tandis qu’une nouvelle fait presque cent pages) mais voici ce que je peux dire sur mes textes préférées du recueil :
« Majorque » : belle évocation, toute en sensualité, des amours aquatiques et bisexuelles d’une jeune fille sur une île où les femmes sont d’une pruderie incroyable et n’osent même pas se baigner.
« Marianne » : intéressante nouvelle qui renverse les rôles habituels. Ici le modèle qui pose nu est un homme et le peintre est une femme qui est aussi dactylo pour un petit cercle littéraire qui écrit des textes érotiques commandés par un collectionneur. Le modèle paye pour poser – chose peut courante – et se délecte d’être admiré en tenue d’Adam par cette jeune femme qui a eu plusieurs amants mais qui n’a pas encore connu la jouissance. Il aime être regardé par elle et sentir qu’elle le désire mais ne va pas plus loin, ce qui exacerbe le désir de la jeune femme. Très beau texte.
« La femme voilée » : comme souvent dans ce recueil, l’héroïne de cette nouvelle est une femme frigide - du moins en apparence – qu’un homme se met au défi de satisfaire (contre rémunération proposée par un homme rencontré dans un bar). La chute de la nouvelle est étonnante et plutôt amusante ce qui ne gâche rien, au contraire.
Une lecture que je vous recommande donc chaleureusement !

J'adore cet auteur dont j'ai lu certains des journaux intimes. Elle a bercé quelques-unes de mes soirées il fut un temps pas si lointain.
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