Ce qui fait l'intérêt des journaux d'écrivains c'est ce qu'ils disent sur les oeuvres en cours d'élaboration: comment naît un roman ou une nouvelle? Souvent par un rêve pour Joyce dont elle sélectionne ensuite certains éléments. L'activité onirique est omniprésente dans son journal et elle rêve même de ses personnages qui viennent la supplier de les reprendre, de donner une suite à leur vie.
Un journal révèle aussi une personnalité que l'on devine parfois mal dans les romans: Joyce Carol Oates, la femme paraît beaucoup moins pessimiste, sinistre, glauque et perturbée que J.C.O, l'écrivain. Au contraire, elle a l'air d'une femme équilibrée, ouverte, sympathique, drôle et ironique, curieuse de tout, elle a des jugements très nuancés sur les gens, les choses et les oeuvres littéraires des autres (ce qui est rarement la cas des journaux). On voit aussi à quel point son travail de prof de fac lui plaît et tout ce que lui apporte le contact avec les étudiants. Bien entendu, j'ai du mal à lire le journal d'une femme écrivain sans penser à celui de Virginia Woolf (dont je sais que Oates est fan pour l'avoir lu dans un interview) et je dois dire qu'elle ne souffre pas de la comparaison.
Encore plus intéressant à lire quand on connaît (un peu) l'oeuvre de Oates, qu'on s'intéresse aux années 70 aux USA, et que l'on est une femme qui essaye d'écrire.
Remarquable travail d'édition de Philippe Rey : notes en bas de pages éclaircissant des points biographiques ou des références littéraires, recontextualisation de la carrière et de la vie de l'auteur en préambule à chaque année, index des noms propres (où l'on voit qu'une des personnes les plus citées, à part son mari et quelques contemporains est Virginia Woolf). Un excellent moment de lecture.
Les autres livres lus de J.C.O (par ordre de préférence):
"Blonde" ; "Haute enfance" ; "Le pays des merveilles" ; "Fille noire, fille blanche" ; "Sexy" ; "Hantises" ; "Un amour noir" ; "Délicieuses pourritures".