Romain Gary, huile sur toile de William Mathieu, 140 x 90 cm, 2012

dimanche 18 avril 2010

Pétage de Plon (1 et 2)

Pour ceux qui veulent rire un peu en lisant des nouvelles très politiquement incorrectes (je vous aurais prévenu) sur le monde de l'édition et de la librairie, un seul conseil : les nouvelles atroces du C.A.K.E (communauté atroce des kamikazes écrivains), croisé sur le site de Léo Scheer et en particulier "Pétage de Plon" 1 et 2 à l'adresse suivante :

jeudi 15 avril 2010

« Les carnets du sous-sol » de F. Dostoïevski (Actes Sud)

« Je suis un homme malade…Je suis un homme méchant. Un homme repoussoir, voilà ce que je suis. » Telles sont les premières phrases de ce long monologue d’un homme de 40 ans, ancien fonctionnaire, qui s’isole du monde (mélange d’autopunition et de misanthropie) en se réfugiant dans son sous-sol. Rejeté par tous (parents, camarades d’école, jeunes gens de son âge et collègues de travail), il rejette tout et tout le monde sans pouvoir jamais briser le cercle vicieux dont il se sait prisonnier. Car c’est bien la conscience exacerbée de sa propre ignominie qui rend sa vie si insupportable. Comme chez Martinet (je ne crains pas ici l’anachronisme, sachant que l’univers de Martinet est beaucoup plus russe que français, notamment dans « Jérôme »), aucune issue n’est possible et l’incommunicabilité entre les humains est totale : quoi que l’on fasse, on ne peut que se faire du mal. Et quand le personnage rencontre une jeune fille miséreuse et qu’il parvient - on ne sait trop comment - à la séduire et qu’il lui donne son adresse, c’est pour mieux la rejeter et l’humilier quand elle se rend chez lui. Cette relation impossible qu’il s’évertue à abîmer n’est pourtant pas exempte de beauté comme en témoigne cet extrait : « Or, ce qui survint, c’est ceci : Lisa, que j’avais humiliée, écrasée, en comprit beaucoup plus que je ne me l’étais imaginé. Elle comprit d’abord ce qu’une femme comprend avant tout quand elle vous aime – je veux dire : que moi-même, j’étais malheureux. ».
Un grand et beau livre sur le droit à la liberté d’être malheureux et un tournant dans l’œuvre de Dostoïevski qui écrira par la suite ses grands romans. Le livre idéal pour entrer dans l’univers de cet auteur (merci à Monsieur X. de me l’avoir fait lire).

mercredi 14 avril 2010

Ma visite à l'Escale du Livre (3)

En vrac :















                                   
                                          Sur le stand des éditions Finitude :




Bizarreries :




mardi 13 avril 2010

Ma visite à l'Escale du Livre (2)

Les photos prises lors de la rencontre avec Pierre Autin-Grenier au "Comptoir des mots":


L'auteur, l'intervieweuse, le comédien revoyant son texte et trois inconnus (mais qui gagnent certainement à être connus):

Le comédien lisant un des trois extraits lus pendant la rencontre :  


Un auteur sympatique et un public conquis :




Preuve qu'à Bordeaux, on sait vivre : 



lundi 12 avril 2010

Ma visite à l’Escale du Livre de Bordeaux (1)

Dimanche 11 avril donc, j’ai fureté à l’Escale en bonne compagnie – avec un ami libraire féru de littérature, autant dire une espèce en voie d’extinction – et j’ai ramené outre pas mal de photos et quelques jolis souvenirs, deux livres achetés sur place : « La Somnolence » de Martinet et « Nuits bleues, calmes bières » du même. Mais je n’ai pas fait que baguenauder, ivre de littérature et d’amitié de stand de libraires en stand d’éditeurs : j’ai assisté à deux rencontres.


La première se déroulait au « Comptoir des mots », joli nom pour un chapiteau situé malheureusement un peu trop à proximité de la route mais passons sur ce détail… Venons-en à l’auteur : Pierre Autin-Grenier, auteur chez Finitude (après avoir été publié par Gallimard) de « C’est tous les jours comme ça», un livre drôlissime mettant en scène son alter ego, un certain Anthelme Bonnard (un nom qui en dit long…)qui en butte à un monde hostile où règne le politiquement correct décide de faire de la résistance. Que dire de cette rencontre ? L’homme très sympathique et rieur (d’un rire jaune ou noir, c’est selon) s’est prêté de bonne grâce aux questions - il faut bien l’avouer largement hors sujet de l’intervieweuse – et du public dans une bonne humeur communicative. Un comédien plutôt bon a lu plusieurs extraits du livre, dont un particulièrement bien vu sur une société dans la quelle « lire peut entraîner des lésions cérébrales graves » est inscrit sur les livres. Bref, un livre à conseiller aux amateurs d’humour qui fait réfléchir…


La seconde rencontre à laquelle j’ai assisté se déroulait au TnBA Studio : il s’agissait d’une carte blanche à Sabine Wespieser, éditrice qui peut s’enorgueillir d’un catalogue de 90 livres, parmi lesquels beaucoup signé d’auteurs étrangers mais aussi des français (la plus connue étant certainement Michèle Lesbre, l’auteur du « Canapé rouge » qui a rencontré un beau succès de librairie il y a quelques années). Le débat était (bien) mené par un critique littéraire devant une salle pleine et très attentive (arrivée en retard, j’ai dû rester debout) en présence donc de l’éditrice et de ses auteurs (Annelise Roux, Michèle Lesbre, Alain Gheerbrant et Sébastien Lapaque). Je ne peux pas dire que j’ai appris grand chose que je ne savais déjà sur le monde de l’édition mais c’était un agréable moment en compagnie d’une éditrice qui semble passionnée par son métier et qui aime lire les auteurs qu’elle publie.

Des auteurs en dédicaces : Pia Petersen, lisant en attendant



                                           Eric Paradisi souriant:


Ricardo Sumalavia sur le stand de la délicieusement déviante librairie "La mauvaise réputation":


Annelise Roux et Michèle Lesbre avec leur éditrice, Sabine Wespieser :



Sébastien Lapaque (fatigué?) sur le stand de la lbrairie "La colline aux livres":

Pierre Autin-Grenier sur le stand des éditions Finitude : 



Des livres, encore et encore :
"Livre du chevalier Zifar", la sensation des éditions Monsieur Toussaint Louverture


Le choix de Sébastien, libraire sachant lire : "L'art de se conduire dans la société des Pauvres Bougres enseigné aux gens du monde" d'André Gill (sous le pseudonyme de la Comtesse de Rottenville)



Martinet Forever:


 Les responsables des bi-céphales éditions bordelaises Finitude, éditeurs de Martinet, Forton, Autin-Grenier entres autres (voir le catalogue sur leur site en lien ici) :





dimanche 11 avril 2010

L’Escale du Livre à Bordeaux

C’était un bel après-midi d’avril, un dimanche. C’était un concentré d’auteurs, de lecteurs, d’éditeurs et de libraires. Cela se passait entre une église, un théâtre, un conservatoire de musique et l’école des Beaux-arts. Il y avait des terrasses pleines, des gens mangeant des frites, des étudiantes en robe d’été, de drôles de happenings, des enfants, des amoureux, des poussettes, des vieux messieurs avec des cannes qu’on aurait pu croire en sucre, un grand écrivain s'éclipsant discrètement en taxi en fin de journée. Ca riait, ça parlait, ça écoutait, ça lisait. Surtout on y prenait les livres à pleines mains, on les soupesait, on les feuilletait, on admirait les couvertures (celles de Finitude sont magnifiques), on retournait l’objet pour lire le résumé, les plus curieux, tels des amants pressés, cherchaient à lire les premières pages, passant par-dessus les introductions, préfaces et avertissements aux lecteurs. Bref, c’était aujourd’hui, j’y étais et c’était bien.
Les photos bientôt…

mercredi 7 avril 2010

Escale du Livre à Bordeaux (du 6 au 11 avril)

Le Salon du Livre de Paris est fini et entre nous c’est pas plus mal ! Pour voir Anna Gavalda dédicacer ses livres à la guimauve dont les héros sont préformatés pour être interpréter par Guillaume Canet pendant « deux fois six heures » (c’est que nous dit « Le Monde des Livres » de la semaine dernière, en admiration devant la performance ?)…



Non, venez plutôt à l’Escale du Livre, à Bordeaux, le week-end prochain : les festivités ont commencé doucettement dès aujourd’hui mais les choses sérieuses commencent vraiment vendredi matin. Le cadre est sympathique, surtout s’il fait beau : dans le quartier de l’église Sainte-Croix, à cinq minutes à pied de la gare Saint-Jean, desservi par le tram, et on peut même se restaurer sur place (la culture ça creuse, c’est bien connu) …
On y rencontre des écrivains qui ne sont pas là que pour dédicacer leurs derniers bouquins ou se faire prendre en photo : ils dialoguent avec d’autres écrivains, avec des journalistes, avec le public, font des lectures de leurs textes. Bien sûr, on y trouve aussi des éditeurs, comme Sabine Wespieser mais aussi des petits éditeurs aquitains qui profitent de cette chance de se faire connaître et d’aller vers le public… Bref, un week-end pour les curieux de livres mais aussi de spectacles, de performances, de musique (ainsi la lecture par Jean-Yves Cendrey de son dernier roman, accompagné par un musicien et des projections vidéos). La littérature « blanche » sera bien sûr à l’honneur, mais aussi la noire (soirée polar mercredi, aujourd'hui donc), la B.D., et la littérature jeunesse.



Quelques conseils pour ceux qui ne savent que choisir :
Samedi à 16 heures : « Dialogue : figures de femmes » avec Marie N’Diaye et Véronique Ovaldé.
Samedi 17 h : rencontre autour du « passé reconstitué » avec plusieurs romanciers ayant pris l’histoire comme sujet de roman, notamment Laurent Binet, auteur de « HHhH » (Grasset), qui vient de recevoir le Goncourt du premier roman.
Dimanche 14h : « Grand débat : à la découverte de la littérature italienne »
Dimanche 14h30 : Lecture spectacle autour du dernier roman d’Arnaud Cathrine, avec les chanteurs Florent Marchet et Barbara Carlotti.
Dimanche 15h30 : « Rencontre : des premiers romans prometteurs », avec notamment Vincent Message et Chloé Korman
Dimanche 15h : rencontre avec Pierre Autin Grenier, auteur de « C’est tous les jours comme ça » aux excellentes éditions bordelaises Finitude (qu’ils soient à jamais remerciés pour avoir fait naître une nouvelle génération de lecteurs de Martinet)
Dimanche 16 : Grand débat, carte blanche aux éditions Sabine Wespieser.



Je sais ce que vous allez me dire : va falloir se dédoubler, ben, débrouillez-vous…en tout cas, moi j’y serai et j’espère bien ramener des belles photos.
Pour en savoir plus : voir le lien dans mes "sites hautement recommandables".

mardi 6 avril 2010

« Nouvelles, histoires et autres contes » de Julio CORTAZAR (Quarto Gallimard)

Encore un Quarto à se procurer d’urgence : même si ça bousille un peu les yeux aux myopes comme moi …
J'adore l'univers onirique, étrange, inquiétant de cet auteur, qui occupe une bonne place dans le panthéon de mes auteurs sud-américains préférés, non loin de Garcia Marquez et Borges.



" L'homme à l'affût " et " Les armes secrètes " sont, selon moi, deux de ses meilleures nouvelles mais il n’y en a de toute façon aucune de mauvaises. La première s'inspire de la mort de Charlie Parker et nous fait entrer dans la tête d'un jazz man aussi doué que fou : passages magnifiques sur le temps qui s'étire lors d'un trajet entre deux stations de métro grâce à la remémoration d'un souvenir particulièrement heureux ou l'image de ce champs rempli d'urnes funéraires qui hante le saxophoniste. La deuxième nouvelle est très belle et troublante : elle commence comme une banale histoire d'amour entre deux jeunes gens qui se connaissent à peine et bascule dans l'horreur progressivement jusqu'aux dernières lignes donnant la clé de l'énigme. Enfin, pour les plus joueurs, l’éditeur propose différents parcours de lecture, s’inspirant de « Marelle », un roman de Cortazar où l’itinéraire à suivre pour la lecture n’est pas linéaire (on passe de la page 12 à la page 234 avant de revenir au début du livre, page 13, etc.)


Extrait de "Les armes secrètes":
On mène le monde avec un cylindre da caoutchouc qui tient dans la main ; si on tourne un peu vers la gauche,tous les arbres ne sont plus qu'un seul arbre tendu au long du chemin; et si on tourne un peu à droite, alors le géant vert se défait en centaines de peupliers qui courent à votre rencontre, les pylônes de haute tension avancent lentement un à un, la course est une cadence heureuse où pruvent enfin entrer les mots, des lambeaux d'images qui ne sont pas celles de la route, le cylindre de caoutchouc tourne à gauche, le bruit monte, et monte, la corde du bruit se tend insupportablement, mais onne pense plus, tout n'est que machine, corps collé à la machine et vent sur le visage comme un oubli, Corbeil, Arpajon, Linas, Montlhéry, les peupliers à nouveau, la guérite de l'agent, la lumière de plus en plus violette, un air frais qui remplit la bouche entrouverte, ralentir, ralentir, à ce carrefour prendre à droite, Paris à dix-huit kilomètres, Cinzano, Paris à dix-sept kilomètres. "Et je ne me suis pas tué" pense Pierre en prenant lentement la route à gauche. "C'est incroyable que je ne me sois pas tué". La fatigue pése comme un passager derrière lui, une chose de plus en plus douce et nécessaire.