Romain Gary, huile sur toile de William Mathieu, 140 x 90 cm, 2012

dimanche 28 février 2010

L'expérience des M@nuscrits (site Léo Scheer)

A l'heure où une de mes nouvelles est publiée dans le n° 44 de la Revue Littéraire et où, de l'avis général, l'expérience de Leo Scheer s'essouffle après l'engouement des débuts, il est temps pour moi de faire un bilan (mitigé) de mon expérience personnelle de mise en ligne de mes écrits.
En tant qu'auteur, cela a constitué pour moi une occasion d'être lue par le plus grand nombre. En effet, à part mon entourage très proche, mes seuls lecteurs avaient jusque-là été les jury des concours littéraires auxquels j'avais participé et par définition, il n'y avait aucun retour (à part "gagné" ou "perdu" ce qui finalement n'a pas grand sens en littérature). A l'inverse, le fait d'avoir déposé mes nouvelles sur le site m'a permis de prendre connaissance des commentaires parfois pertinenents, souvent étonnants, des lecteurs (souvent écrivant eux aussi).   
En tant que lectrice, j'ai découvert d'autres auteurs, dont certains m'ont paru doués, qu'ils soient de jeunes auteurs en devenir ou des écrivains à la plume déjà aguerrie. 

Il me semble que la réussite de cette expérience réside dans la diversité des textes, que ce soit dans le fond ou la forme: c'est ce que reflète le numéro 44 consacré en partie à la rétropublication de textes d'internautes. Peu de points communs en effet entre la nouvelle potache et politiquement incorrecte de Nicéphore Pétrolette, la petite nouvelle érotique assez réussie de Juline B. ou encore le texte très original de Deville sur le rapport homme/machine.
L'échec de l'expérience des Manuscrits imaginée par les Editions Léo Scheer, si échec il y a (ça n'engage que moi), tient au fait d'avoir échoué à créer une communauté d'auteurs/lecteurs échangeant autour de la littérature. En effet, si la communauté existe, et rien n'est moins sûr, elle se limite à cinq ou six personnes squattant le blog des manuscrits et les commentaires des textes et il y est malheureusement très peu question de littérature mais plus de private joke ou de réglements de compte personnels auxquels les nouveaux venus n'osent se mêler.   
      

"Renaissance italienne" d'Eric LAURRENT

J'ai détesté ce roman, un des pires que j'ai lu de ma vie : tout y est artificiel, alambiqué, l'auteur se regarde écrire. Amusant paradoxe : alors que c'est certainement autobiographique, tout sonne faux. Roman toc par excellence, ce livre symbolise tout ce que je n'aime pas en littérature. 
De quoi parle-t-il ? Lassé des prostituées et de la coke dans des soirées minables, un écrivain trentenaire, plutôt bien de sa personne et bien sûr trés intelligent part en Italie où il rencontre une femme belle, intelligente et avec juste ce qu'il faut de mystère. Une complicité amicale naît sous le soleil italien (Dolce vita) et bien sûr ils finissent par découvrir qu'ils s'aiment (cf les dernières pages où on atteint le comble du ridicule).
Il ne nous fait même pas partager son admiration pour l'art de la Renaissance italienne. Architecture et peinture sont réduites à de l'anecdotique, c'est à dire un simple décor en carton pâte, décor à une histoire d'amour en plus assez médiocre. C'est très centré sur le petit milieu parisien de l'édition qui paraît très superficiel, voire vulgaire sans que l'on sente une quleconque volonté de caricature de l'auteur. Même la scène d'amour de la fin n'est pas crédible et désincarnée. Bref, je ne suis pas prête à me replonger dans un autre livre de cet auteur.
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"L'absolue perfection du crime " de Tanguy VIEL (Minuit)

En dépit des éloges répétés de la critique ("Le masque et la plume" mais aussi "Les Inrocks" ou "Télérama") pour cet auteur estampillé "auteur Minuit", je dois avouer que j'ai été très déçue par ce roman que la plupart tiennent pourtant pour son meilleur. J'ai arrêté page 44, dans l'incapacité de rentrer dans cette écriture que certains qualifient de "virtuose" mais qui m'a semblé inconsistante et maladroite. Morale de cette mésaventure (car ne pas finir un livre est pour moi une mauvaise expérience) : il n'est pas pertinent de juger un livre sur la réputation de la maison d'édition qui le publie : il y a de mauvais livres chez Minuit comme il peut y avoir de bons livres chez Grasset ou Albin Michel. 

"Crémation" de Rafael CHIRBES (Rivages)

J'étais curieuse de lire ce roman qui a reçu le Prix de la critique en Espagne et j'ai été plus que déçue.
Le thème était pourtant prometteur : pendant qu'un homme attend sa crémation, sa famille et son entourage parlent de lui, pensent à lui, se remémorent des souvenirs communs et continuent leurs vies.
J'ai lu 80 pages avant de refermer définitivement le livre : je n'arrivais pas à m'intéresser aux histoires de ces personnages, leurs préocuppations me paraissaient trop futiles. De plus, j'ai trouvé que l'auteur véhiculait une image très négative des femmes, obnubilées par la chirurgie esthétique, obsédées par la maternité, le confort matériel et l'argent.
Pourtant, le roman est bien écrit (en particulier description des effets de la canicule sur la nature et les humains) mais ça ne suffit pas à faire un bon livre. Les personnages sont beaucoup trop inconsistants et inintéressants et on a la désagréable impression que tout est trés dilué inutilement sur des pages et des pages jusqu'à en devenir très très ennuyeux.

samedi 27 février 2010

"Piotrus" de Leo LIPSKI (L’Arbre vengeur)

Ce roman, superbement absurde, politiquement incorrect et qui lorgne vers le grotesque est le fruit d' un écrivain maudit suisso-polono-israëlien. La noirceur se mêle à la poésie quand il décrit les quartiers de Tel-Aviv et au sordide des femmes faisant l'amour avec des ânes...un condensé de vie en quelque sorte. Ce court roman raconte l'histoire d'un homme très pauvre qui accepte d’être acheté par une femme, Madame Zinn, pour occuper les toilettes de l’immeuble presque à temps plein. Il y a certes du Gombrowicz et du Beckett dans l'univers de Leo Lipsky, mais pas seulement : il a un style bien à lui, aussi efficace dans les dialogues que dans les descriptions, dans le tragique que dans le comique… bref, un grand petit livre (à peine 167 pages, en petit format et agrémenté des illustrations de Joko).

Claude PUJADE-RENAUD, « Les femmes du braconnier » (Actes Sud)

Ne connaissant pas cette auteur (on ne peut pas tout connaître), je ne l’aurais peut-être jamais lu si ma curiosité n’avait été attisée par le sujet : la relation entre Sylvia Plath et Ted Hugues. En effet, j'ai beaucoup aimé "La cloche de détresse" de Sylvia Plath et je trouve leur histoire d’amour intéressante car on peut se demander comment deux poètes peuvent vivre ensemble. L’opposition entre l’Américaine (et bostonienne qui plus est) et l’Anglais (il a été poète officielle de la reine) s'avère pleine de promesses pour un roman. Les infidélités de Ted et la dépression et le suicide de Sylvia paraissent fournir le lot de péripéties et drames nécessaires à tout bon roman d'amour….  Pourtant, je n'ai pas du tout été séduite par les style de l’auteur que j'ai trouvé assez lourd, voire maladroit par moment. Mais la vraie mauvaise idée du l'auteur est la volonté de faire de son roman un roman choral alors que le thème ne s'y prête pas du tout : le lecteur se fiche éperduement de l’avis de la mère de Sylvia ou de la propriétaire de l’endroit où elle passe sa lune de miel et toutes ces voix discordantes cassent le rythme de la narration. La seule voix que le lecteur voudrait entendre ici, c'est celle de Sylvia, l’écrivain, mais aussi la femme.
Ma lassitude a été telle que je me suis arrêtée au premier tiers, luxe que je me permets d'autant plus facilement quand je n'ai pas à délier les cordons de ma bourse pour lire l'ouvrage que je me suis procuré à la bibliothèque.


Joyce Carol OATES, « Fille noire, fille blanche » (Philippe Rey)

Comment être en phase ave l'actualité littéraire de Joyce Carol Oates, elle qui publie plus vite que son ombre? Ainsi, alors que je viens vous parler du trés réussi "Fille noire, fille blanche" sorti il y a quelques mois, elle a déjà publié "Le triomphe du singe-araignée" ainsi qu'un roman pour adolescent. Concentrons nous quand même sur "Fille noire, fille blanche" pour l'instant.Ce roman est le portrait d'une Amérique multiraciale, à travers la relation amour/haine de deux jeunes femmes qui se rencontrent sur le campus de l’université dans les années 70.
J’ai beaucoup aimé ce roman qui me paraît, si ce n’est influencé, du moins traitant en partie le même thème que le roman de Marisha Pessl, "La physique des catastrophes" (dont elle a d'ailleurs été la professeur) :  à savoir la relation d’une jeune fille surdouée avec son père universitaire et appartenant à une organisation secrète d’extrême gauche. Mais ce roman brillant s'inscrit aussi dans l'oeuvre de J.C.O., et peut être considéré comme la suite de "Haute enfance" ou "Le pays des merveilles" (deux de ses meilleurs romans), en ce sens qu’elle y décrit l’envers de l’utopie hippie, et en particulier les effets désastreux d'une certaine contre-culture sur des enfants ou des jeunes gens fragiles. Heureuse de retrouver J.C.O. tellement en forme à son âge et après certains romans décevants ("Délicieuse pourritures" notamment que j'avais trouvé très mauvais). Et tant pis si elle n'a toujours pas le Nobel de littérature alors qu'on la dit favorite depuis des années et des années.

"Les variations Bradshaw" de Rachel Cusk (L'Olivier)

Une fois encore, Rachel Cusk explore les relations hommes/femmes, le couple, les ambiguïtés de la maternité et la paternité, la médiocre vie des gens de la banlieue londonienne - et aussi, chose nouvelle, la condition des immigrés polonais, à travers une fille au père vivant chez le couple et son petit ami rencontré à l’hôpital où elle travaille. Le ton est malgré tout plus grave que dans les deux autres romans, il y a moins d’humour mais le style reste de très haute tenue. Dommage que l’éditeur ne suive pas de plus près sa production : ce livre est son septième mais seulement le troisième traduit en français, après "Arlington park" et "Egypt farm". En tout cas, elle est une des rares auteurs dont j'ai envie de suivre l'évolution et dont j'attends chaque livre avec impatience.