Après avoir lu « Encyclopédie égoïste de la littérature» de Charles Dantzig il y a quelques années qui m’a avez enchantée par sa fraîcheur, son audace et son subjectivisme revendiqué, bien loin de la critique littéraire universitaire, j’avais très envie de lire ce livre au titre étrange pour tous les amoureux de la littérature qui résonne un peu comme la question de savoir pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien, à savoir « Pourquoi lire ? ».
Non, on lit pas pour se changer, non on ne lit pas pour s’évader, non lire ne console pas non plus (contrairement à ce que disait Montaigne), et encore moins ne civilise. Et si on lisait juste pour le plaisir de lire ?
Je souscris également à l’idée développée par Dantzig selon lequel le grand lecteur connaît un parcours fait de plusieurs étapes : il lit d’abord pour se connaître lui-même, puis pour connaître le monde et enfin, éventuellement dans un troisième temps, pour connaître l’écrivain.
Dantzig a le talent de savoir mêler avec un certain brio et une apparente facilité anecdote personnelle, réflexion sur les œuvres, non sans oublier de jeter quelques pavés dans la mare (parce que c’est tellement drôle d’éclabousser les endormis ou les trop sérieux) !
En tant que lectrice d’Alberto Manguel, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre ces deux écrivains grands lecteurs : peut-être Dantzig est-il plus facile d’accès, je ne sais pas…
Reste quand même que ce livre prêche des convertis : les « gros lecteurs » (oh la vilaine expression issue de la sociologie de la lecture !), petite caste de gens assez fous pour lire plus de 50 livres par an. J’aimerais qu’on fasse lire ce livre à des adolescents rétifs à la lecture et qu’ils aient envie de se ruer sur Proust mais je dois avouer que je n’y crois pas moi-même.
Ce que je retiens de ce livre, outre que j’ai passé de bons moments en sa compagnie, tantôt amusée tantôt émue c’est cela : lire est subversif, assurément. A l’heure où il faut travailler plus pour gagner plus la lecture est du temps volé à la société. A l’heure où il faut être sans cesse connecté et appartenir à des réseaux sociaux, l’isolement que réclame la lecture est considéré comme un acte hautement anti-social.
Extraits :
« Oui, on lit par protestation contre la vie. La vie est très mal faite. On y rencontre sans arrêt des gens inutiles. Elle est pleine de redites. Ses paysages sont interminables. Si elle se présentait chez un éditeur, la vie serait refusée. »
"J’ai éprouvé cette grande loi de la lecture, que le livre ne se donne pas si on le parcourt. Il faut s’abandonner complètement à lui, esprit comme corps, esprit plongeant dans les pages comme la tête »
« Mon contradicteur, mon frère. On pourrait imprimer un avertissement au dos des livres : «Attention ! Les lectures qui vont trop dans le sens de vos pensées ou de vos goûts peuvent être dangereuses. »

Premier essai (infructueux) pour laisser un commentaire (en même temps, j'ai évoqué Proust en mettant Prout (véridique..)
RépondreSupprimerJe disais donc que j'adhérais à ton avis et au côté subversif de la lecture.
Le premier extrait que tu donnes est excellent, j'adore.
Dantzig est effet à mon sens plus accessible que Manguel même s'il est aussi pompeux parfois, car il est drôle !
D'ailleurs, j'ai mis de côté l'histoire de la lecture, ça manque d'humour, non ?
signé : une grosse lectrice complètement "subversifiée"
J'ai bien aimé le premier livre de Dantzig, un peu moins le second, celui ci a des passages excellents, drôles incisifs mais aussi des pages pour ne pas dire grand chose qui font un peu remplissage, c'est un peu dommage
RépondreSupprimercar Dantzig a du talent
Je n'ai pas lu son deuxième livre. C'est vrai que dans celui-là il y a peut-être quelques pages en trop et il a parfois un côté "tête à claque" de certains bons élèves qui se reposent sur leurs lauriers, sûrs de leurs dons.
RépondreSupprimerBen voilà, c'est décidé ! C'est mon prochain achat ! Ma PAL ne te dit pas merci ;)
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