Ce recueil de texte, paru en 1966 sous le pseudonyme de Belen, a été attribué par certains à Jeanne Moreau, par d'autres à Emmanuelle Riva et même, beaucoup plus étonnant à .... Madame Pompidou. En réalité son auteur n'était autre que Nelly Kaplan, écrivain et cinéaste (elle réalisa le très remarqué "La fiancée du pirate") d'origine argentine et russe, proche des surréalistes (et surtout d'André Breton).
Les contes qui composent ce "réservoir des sens" se rattachent tout à fait à la tradition surréaliste par leurs thèmes - l'Amour fou, le rêve, la folie, la pulsion - et leur dimension subervsive et blasphématoire. Dans ces nouvelles, souvent très courtes, tantôt érotiques, tantôt fantastiques, tantôt drôles (et parfois les trois à la fois), on croise des femmes-panthères, des fantômes encore verts, des sorcières syndiquées, des vampires pas très vaillants, des extra-terrestres réinventant l'amour... et surtout des frontières poreuses entre les vivants et les morts, le rêve et la réalité, le plaisir et la douleur.
Ce que j'ai adoré dans ces petits contes cruels et coquins, c'est que les femmes ne cessent d'être vibrantes de vie et de désir... même mortes. Derrière le féminisme de Nelly Kaplan (dans plusieurs nouvelles les rôles traditionnels se trouvent inversés), on perçoit surtout un grand amour des hommes.
Cette lecture a fait naître en moi le désir de lire d'autres livres de Nelly Kaplan (que je connaissais déjà par sa participation à l'émission de France Culture "Les papous dans la tête" où son accent résonne très agréablement certains dimanches midis), notamment "Mémoire d'une liseuse de draps" qui valut à son éditeur Jean-Jacques Pauvert de subir les foudres de la censure en 1974.

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