Jeune homme, Manguel fut apprenti libraire à Buenos Aires et c’est dans cette librairie nommée Pygmalion qu’il rencontra le génial écrivain argentin Jorge Luis Borges et devint son lecteur, ou plutôt un de ses nombreux lecteurs. Depuis, le jeune homme a fait du chemin, à en juger par sa faramineuse bibliothèque et sa culture livresque. Il est aujourd’hui romancier, traducteur et essayiste. Il vit en France mais sa vraie patrie c’est les livres. J’avais lu il y a quelques mois « Une histoire de la lecture » et « La bibliothèque la nuit » : cette lecture en partenariat avec le Livre de Poche est donc ma troisième expérience manguélienne.
J’avoue que j’ai eu parfois atrocement envie de fermer ce livre…pour me ruer dans ma bibliothèque et relire des livres comme « Alice au pays des merveilles » ou lire enfin des livres pas encore ouverts comme « Notre-Dame-des-Fleurs » de Jean Genet. Car Manguel est un écrivain qui donne envie de lire d’autres écrivains : je dirais même que c’est sa marque de fabrique.Bien sûr, on pourrait critiquer ce livre sous prétexte qu’il ne serait qu’un assemblage un peu artificiel de textes sans grand rapport les uns avec les autres, mais ce serait faire la fine bouche tant ce livre est une mine d’informations et de réflexions sur les bibliothèques, les écrivains, les éditeurs, les musées, l’imagination, l’identité, la liberté, le plaisir, et j’en passe…
La lecture de ce livre est très agréable car ces pages allient profondeur et légèreté, humour, tendresse et réflexions solides sur notre rapport au monde, à l’Autre et aux livres.
Manguel parvient à naviguer dans des registres très différents et de façon très naturelle : l’histoire (en particulier des bibliothèques), la critique littéraire, l’anecdote personnelle, la politique (les disparitions en Argentine et la carrière politique de Vargas Llosa). Bref, un érudit vulgarisateur qu’il ne faut pas lire avant d’avoir soi-même un minimum de connaissance de la littérature mondiale, faute de quoi cela peut donner des complexes, ce qui peut être mortel (ou en tout cas fort handicapant) dans un parcours de lecteur.
Les chapitres que j’ai préféré ? Celui sur Cortazar (un de mes auteurs préférés), les pages consacrées à la littérature érotique et enfin « L’ordinateur de saint Augustin » qui nous force à réfléchir sur l’avenir du livre à l’heure du numérique.
C’était donc ma troisième expérience manguélienne mais, à coup sûr, ça ne sera pas la dernière. Merci à B.O.B. et au Livre de Poche pour cette très belle lecture en partenariat.
Extraits :
« Je crois que, comme l'acte érotique, le fait de lire devrait être fondamentalement anonyme. Nous devrions pouvoir entrer dans un livre ou dans un lit de la même façon qu'Alice traverse la forêt du miroir, sans emporter avec nous les préjugés de notre passé et en abandonnant pour cet instant de communion nos harnachements sociaux. Que nous lisions ou que nous faisions l'amour, nous devrions être capables de nous perdre dans l'autre, en qui - j'emprunte à Saint-Jean cette image - nous sommes transformés : de lecteur en auteur en lecteur, d'amant en amant en amant. "Jouir de la lecture", disent les Français, qui ont le même mot pour signifier atteindre l'orgasme et prendre plaisir. »
« Symboliquement, le monde antique finit avec la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie ; symboliquement, le XXème siècle s'achève avec la reconstruction de la bibliothèque de Sarajevo. »
L'amour des livres et de la littérature ne peut se dire aujourd'hui qu'en termes manguéliens... c'est tout à fait exact.
RépondreSupprimerBravo pour ce bel article encore une fois...
Sursum corda, je pense fort à toi.
Séb
LIvre qui ouvre sur un monde... de livres. Je lis actuellement Une histoire de la lecture qui dit aussi combien le livre est au coeur de la découverte ou de l'invention du monde, selon Manguel. Tous ces livres qu'il nous fuadra lire après cela...
RépondreSupprimerfrederic